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Allocution de M. Yoshiro MORI, ancien Premier Ministre du Japon à la XXIVème conférence des Chefs d’Etat d’Afrique et de France le 15 février 2007, Cannes, France

Votre Excellence Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française,
Vos Excellences, Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,

 

(Préambule)

L’histoire remarquable du Sommet Afrique-France court sur plus d’un quart de siècle, depuis la première réunion à Paris en novembre 1973 inaugurée par le Président français, Georges Pompidou. Maintenant, alors que les rencontres atteignent leur 24ème édition, c’est un grand honneur pour le Japon d’être invité à ce Sommet, avec l’Allemagne et le Brésil, en tant que nations non-africaines assistant pour la première fois à cette réunion. Le Premier Ministre du Japon M. Shinzo Abe regrette de ne pas être là pour rencontrer chacun d’entre vous ici présent, car il est retenu par les délibérations budgétaires au parlement. Il m’est très agréable de le représenter et de me joindre à vous en tant que représentant du gouvernement du Japon.

(Engagement par l’ancien Premier Ministre Yoshiro Mori)

Déjà en 2000, à la veille du Sommet Kyushu-Okinawa que je présidais, et à mon initiative, le premier échange de vue entre des dirigeants de pays d’Afrique et de pays membres du G8 a eu lieu. Depuis, l’Afrique est devenue un des thèmes majeurs au sein du G8. Au Sommet de Kyushu-Okinawa, nous avons aussi traité le problème des maladies infectieuses, ce qui figurait en bonne place sur notre agenda. Cette initiative a contribué à ce que la communauté internationale renforce davantage son engagement à contrer les maladies infectieuses, avec des réalisations telles que la mise sur pied du Fond Mondial de Lutte contre le SIDA, la Tuberculose et le Paludisme.

En janvier 2001, j’ai effectué la toute première visite en Afrique d’un Premier Ministre du Japon en exercice et depuis, mes liens avec les pays d’Afrique n’ont cessé de s’approfondir. Les membres du Groupe d’Amitié Parlementaire Japon-Afrique, dont je suis le Président, ont pu visiter 45 pays africains au cours de ces trois dernières années. De cette manière, nous nous sommes efforcés de comprendre la situation propre de chacun de ces pays.
Lors de ma visite officielle en Afrique en 2001, j’ai prononcé un discours politique dans lequel j’ai mis l’accent sur le fait que « tant que les problèmes de l’Afrique ne seront pas résolus, il n’y aurait pas de stabilité et de prospérité dans le monde ». C’est ma conviction solide en tant qu’ami de l’Afrique. C’est également la base de la politique africaine du Japon.

(L’appréciation aux efforts de la France vis-à-vis des problèmes de l’Afrique ; coopération France-Japon en Afrique)

Le fait que la France et l’Afrique maintiennent des relations étroites dans de divers domaines est bien connu. La France est de façon certaine un partenaire important pour l’Afrique en terme d’aide au développement. Dans le domaine de la consolidation de la paix également, la France travaille en vue d’aider les pays africains à renforcer leurs capacités dans les opérations de maintien de la paix. A cet égard, le Japon coopère avec la France dans les secteurs civils tels que la construction d’écoles ou la création d’hôpitaux.

Le Sommet Afrique-France peut être vu comme le point culminant des relations étroites qui ont été bâties entre la France et l’Afrique dans ces domaines variés. J’apprécie le Président Chirac pour sa décision d’ouvrir cette opportunité pour des pays, y compris le Japon, qui ont un fort intérêt à la résolution des problèmes de l’Afrique et qui coopèrent avec l’Afrique de leur propre manière.

L’année 2008 marquera le 150ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et la France. Le Japon pense que les deux pays doivent coopérer encore davantage en tant que partenaires globaux afin de résoudre les défis variés auxquels la communauté internationale fait face, et l’Afrique représente un des thèmes prometteurs pour la coopération entre la France et le Japon. Nous aimerions développer la coopération bilatérale en Afrique dans des domaines tels que l’agriculture. Cette idée a été évoquée dans les discussions entre le Président Chirac et le Premier Ministre Abe qui lui a rendu visite à Paris le 12 janvier dernier.

(L’appréciation aux propres efforts de l’Afrique ; les modalités de l’aide du Japon)

A présent, je voudrais partager avec vous les idées du Japon sur l’aide à l’Afrique.

Le Japon a continuellement attiré l’attention sur l’importance de la volonté de chaque pays africain de résoudre ses problèmes par ses propres efforts ou l’importance de l’appropriation du développement. Le Japon insiste toujours sur une aide qui contribue à de tels efforts .

Les récentes évolutions en Afrique en terme d’appropriation ont été remarquables. En particulier, la transformation avancée de l’OUA en UA, de même que l’adoption et la promotion du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique(NEPAD), méritent des applaudissements. La mise en place d’un système à travers lequel les pays africains examinent les uns les autres leur attitude en matière politique et économique reflète leur volonté en matière d’appropriation et d’autonomie.

Afin de soutenir une telle appropriation par l’Afrique, le Japon n’épargne aucun effort en ce qui concerne le transfert de techniques par le biais du développement des ressources humaines en Afrique. L’aide uniquement en terme de donation financière ne signifie rien. Ce qui compte réellement, c’est le transfert de techniques. L’ancien Premier Ministre Junichiro Koizumi a fait de 2005 « l’Année de l’Afrique », et s’est engagé à doubler l’APD du Japon en faveur de l’Afrique dans un laps de temps de trois ans. Il a également présenté un plan de développement des ressources humaines, avec l’objectif d’en faire bénéficier à 10 000 africains en 4 ans à partir de 2005, et le résultat concerne d’ores et déjà 7 191 personnes. De plus, le Japon a envoyé plus de 3 600 experts japonais et personnels en Afrique depuis 1993, l’année où le Japon a commencé le processus de la TICAD(la Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement Africain). Même aujourd’hui, de nombreux jeunes japonais joignent leurs mains à celles des africains, travaillant ensemble pour atteindre leurs objectifs communs.

Je suis convaincu qu’à travers ces efforts, main dans la main avec les Africains, chaque personne peut s’épanouir en faisant face aux différentes menaces en Afrique tels que les conflits, la pauvreté et les maladies infectieuses, permettant ainsi de parvenir à une « sécurité humaine ».

(L’Afrique en tant que partenaire au sein de la communauté internationale)

Le Japon espère apporter, par le biais de son Aide Publique au Développement, un soutien principalement dans les domaines où les Africains prennent des initiatives pour identifier les défis qu’ils affrontent et pour les surmonter. Les pays africains soutenus par une telle appropriation ne sont plus seulement des récipiendaires de l’Aide de la part des donateurs. Nous voyons l’Afrique comme un partenaire important au sein de la communauté internationale, et nous aimerions renforcer davantage nos liens avec l’Afrique dans nos efforts à l’égard des différents défis et tâches qui se constituent pour la communauté internationale. Par conséquent, nous croyons que nous serons capables d’obtenir la compréhension et le soutien des pays africains, par exemple, dans notre engagement à l’adoption annuelle par l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution concernant la situation des droits de l’homme en Corée du Nord ainsi qu’à la réforme du Conseil de Sécurité.

(Processus de la TICAD)

Le Japon a tenu la première TICAD en 1993 pour appeler à une aide permanente en faveur de l’Afrique. C’était une époque où l’aide aux pays africains était éclipsée par une lassitude en matière d’aide que connaissait la communauté internationale suite à la fin de la Guerre Froide. Quatorze ans plus tard, la situation dans laquelle évolue l’Afrique a été totalement transformée avec l’émergence de nouveaux pays donateurs accordant leur aide sous-tendue par leur fort intérêt pour l’Afrique. Le commerce et l’investissement par le secteur privé, qui sont indispensables aux efforts de l’Afrique pour réduire la pauvreté et parvenir à une croissance économique autonome, connaissent également sur une tendance à la hausse. Le Japon, pour sa part, travaille ainsi activement en insistant sur la croissance en Afrique, en augmentant l’aide pour les infrastructures visant à améliorer l’environnement de l’investissement.

Notre position qui met l’accent sur l’Afrique reste inchangée avec le nouveau gouvernement du Premier Ministre Abe. Il prévoit d’accueillir au Japon la quatrième Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique(TICAD IV) l’année prochaine. Il prévoit également de tenir, dans le cadre de la TICAD, une Conférence de niveau ministériel au Kenya le mois prochain avec pour thème « L’ Energie et l’Environnement et pour un Développement Durable ». Cette réunion est basée sur la reconnaissance du fait qu’améliorer l’accès à l’énergie et maintenir un environnement adéquat sont d’une importance vitale pour le développement durable en Afrique. Lors de la TICAD IV, nous aimerions organiser des discussions ouvertes à la communauté internationale sur la modalité à adopter pour le développement de l’Afrique. Les discussions, auxquelles seront invités non seulement les pays africains mais aussi les nouveaux et les anciens donateurs, devraient être basées sur les réalisations déjà faites, tout en prenant en considération les nouveaux facteurs. Nous attendons une participation active de chacun d’entre vous présents aujourd’hui.
En outre, l’année 2008 sera aussi l’année où le Japon tiendra le Sommet du G8. Le Premier Ministre Abe est prêt à faire tous les efforts pour transmettre la voix de l’Afrique aux partenaires du G8. A cet égard, je crois qu’il s’agit d’un moment véritablement opportun pour le Japon d’avoir été invité à ce 24ème édition du Sommet Afrique-France. Après mon retour au Japon, je rapporterai immédiatement au Premier Ministre Abe ce que j’ai appris à cette réunion. Je crois que ce rapport servira réellement la préparation de la TICAD IV et le Sommet du G8 que le Japon accueillera en 2008.

(La passion pour l’Afrique de l’ancien Premier Ministre du Japon, Yoshiro MORI )

Avant de conclure, j’aimerais vous faire part de ma propre expérience.
J’ai eu l’occasion de me rendre dans un camp de réfugiés en Afrique, en compagnie de Madame Sadako Ogata, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) d’alors. Là-bas, nous vîmes une maman avec ses trois enfants qui faisaient l’objet d’un examen pour obtenir leur attestation de réfugié. J’ai voulu prendre les mains des enfants mais leur mère repoussa les miennes en me lançant un regard hostile. J’avais été perçu comme quelqu’un qui cherchait à voler des instants de bonheur à des enfants d’un ou de deux ans. Là-bas, je vis aussi une maman qui tenait son enfant mort, et une autre qui cherchait à nourrir son bébé avec un sein déjà complètement avachi.
Pourquoi ces enfants doivent-ils endurer tout cela alors que ce sont des êtres humains comme les autres ? Je me suis dit alors que dans ce monde la justice n’existait pas.
Mais à un autre endroit, de nombreux enfants sont venus nous accueillir en nous chantant des poésies. Je fus très ému lorsque je vis les sourires des enfants et compris la signification de ces poésies qui me convainquirent qu’il y avait de l’espoir en Afrique.
J’aimerais ici vous lire l’un de ces poèmes que j’ai gardé dans ma poche pendant six ans et qui est maintenant tout chiffonné.

 

NOUS SOMMES DES GOUTTES
Nous sommes les gouttes d’un même océan.
Nous sommes les vagues d’une même mer.
Nous avons soif d’unité. Venez nous rejoindre.
C’est notre destinée commune.

Nous sommes les fleurs d’un même jardin.
Nous sommes les feuilles d’un même arbre.
Nous avons soif d’unité. Venez nous rejoindre.
C’est notre destinée commune.

Le monde entier est un pays.
L’humanité est une, n’est-ce pas ?
Nous avons soif d’unité. Venez nous rejoindre.
C’est notre destinée commune.

 

Un autre poème, que je ne vous détaillerai pas, était intitulé « Mon rêve ». Dans ce poème, on se demande si un jour les filles pourront continuer à aller à l’école avec les garçons sans avoir à la quitter à cause d’un mariage précoce, et si un jour il n’y aura plus de guerres dans le monde. Ces enfants, aux yeux brillants, chantèrent ce poème en faisant un cercle autour de moi. Je me promis alors de faire des efforts pour ces enfants dans le cadre de mon engagement politique.

Je suis fermement convaincu que ce Sommet contribuera à résoudre les problèmes en Afrique, ce qui constituera la base d’une stabilité et d’une prospérité dans le monde.

Je vous remercie pour votre attention.


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