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Allocution de S.E.M. Yasuo Fukuda, Premier ministre du Japon, le 22 mai 2008 à Tokyo, à l’occasion de la 14ème conférence internationale sur l’avenir de l’Asie « Le jour où l’océan Pacifique deviendra une «mer intérieure»: Cinq engagements pour l’avenir de l’Asie qui «agira ensemble» »

Vos excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

J’ai appris que l’on célébrait cette année le 14eme anniversaire de cette conférence internationale, et j’aimerais exprimer mon profond respect à M. Ryoki Sugita, président directeur général du journal Nihon keizai shimbun et à toute son équipe pour leur constant dévouement dans l’organisation de cette conférence. C’est un très grand honneur pour moi d’être invité ici aujourd’hui pour prononcer devant vous un discours, et je me permettrai aussi de vous demander encore un peu de patience avant le dîner.

Tout d’abord, je souhaiterais accueillir chaleureusement au nom du Gouvernement japonais Monsieur Choummaly Sayasone, Président de la République Démocratique Populaire du Laos, ainsi qu’à nos amis venus d’Asie et du Pacifique pour assister à cette conférence.

Depuis le mois dernier, l’Asie, frappée par une succession de catastrophes naturelles d’une extrême ampleur, traverse une période difficile. Après que le Myanmar ait été touché par un cyclone dévastateur, l’ouest de la Chine a connu un terrible séisme et le grand nombre de victimes dans ces deux pays nous ont plongés tous dans un profond chagrin. Profitant de l’occasion, je souhaiterais prier pour le repos de l’âme des victimes, ainsi que pour présenter mes condoléances à tous ceux qui continuent de souffrir de ces tragédies. Le Japon fait tout son possible pour apporter son aide au Myanmar et à la Chine afin que les populations sinistrées puissent bénéficier des secours immédiatement et que les travaux de réparation et de reconstruction puissent démarrer sans délai dans les zones touchées. J’ai l’espoir que le gouvernement du Myanmar accepte sans aucune restriction la volonté de la communauté internationale et qu’il s’engage dans l’aide aux sinistrés et dans la reconstruction en partenariat avec la communauté internationale.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais revenir sur quelques événements récents. Au début du mois, nous avons eu l’honneur d’accueillir au Japon le Président chinois Hu Jintao pour une visite officielle. Au cours de nos entretiens, nous avons réaffirmé nos engagements communs de renforcer « les relations stratégiques et mutuellement bénéfiques » entre le Japon et la Chine et constaté que les relations entre nos deux pays prenaient un nouveau départ. On peut donc dire que les relations bilatérales sino-japonaises se sont établies pour la première fois sur une vision globale.

Il est primordial que la Chine, en tant que grande nation, se développe d’une manière stable et, pour cela, le Japon a l’intention de coopérer autant que possible avec elle. Mon opinion est que que le Japon doit poursuivre ses actions en ce sens pour assurer un meilleur avenir à l’ensemble de l’Asie.

Cette vision élargie de l’avenir de l’Asie est déjà visible. Le Président Lee Myung Bak, dirigeant de notre plus proche voisin la Corée du Sud, partage également cette vision et nous nous sommes entendus pour inaugurer une « nouvelle ère » entre le Japon et la Corée du Sud. Je suis intimement convaincu que l’importance de cette nouvelle ère dans les relations tripartites entre le Japon, la Chine et la Corée du sud consiste dans le fait que nous avons pleinement conscience d’avoir une responsabilité commune à l’égard de l’Asie et du reste du monde. En automne de cette année, le Président Hu Jintao, le Président Lee Myung Bak et moi-même prévoyons de nous rencontrer au Japon pour discuter de divers sujets, et je souhaite développer cet élan pour faire progresser nos relations.

Après avoir évoqué les événements récents, je vais maintenant traiter de « l’avenir de l’Asie » sur le long terme. Je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur les expériences passées de l’Asie et sur son devenir, notamment à travers le prisme de l’océan Pacifique. Je vous présenterais également mes engagements pour l’avenir de la région Asie-Pacifique.

Il y a trente ans, en 1977, le Japon a mis en avant des principes qui serviront de cadre à sa diplomatie en Asie et qui seront plus tard désignés sous le terme de « doctrine Fukuda. »

Ces principes définissaient des relations idéales entre les pays asiatiques comme devant être assez proches de celles de collègues de travail partageant entre eux les bénéfices et s’attaquant ensemble aux problèmes. Je suis fermement convaincu que c’est ainsi que doivent être les relations entre le Japon et les autres pays d’Asie et, en ce sens, je pense que la doctrine Fukuda est toujours d’actualité.

Lorsque la doctrine Fukuda a été lancée pour la première fois, le PNB par habitant de la plupart des pays asiatiques s’étalait d’environ 300 dollars à 700 dollars au mieux, sommes inférieures ou équivalentes au PIB par habitant des pays africains. C’est aussi à cette époque que les pays asiatiques ont entamé leur croissance prodigieuse. Ces événements sont pour nous une formidable leçon sur la puissance de l’espoir et les bénéfices retirés des opportunités. J’ai l’intime conviction que ce qui a été accompli en Asie est certainement réalisable en Afrique. Lors de la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD IV) qui se tiendra la semaine prochaine à Yokohama, j’appellerai les pays asiatiques à partager leurs expériences avec l’Afrique, pour que les points forts de l’Asie servent au développement du continent africain.

Et maintenant j’aimerais que nous nous projetions 30 ans plus tard. Comment sera le monde dans 30 ans ? Il ne s’agit que d’une intuition personnelle, mais j’ai à l’esprit l’image de l’Asie qui se développe, formant un réseau de pays dont l’océan Pacifique est la « mer intérieure». Ce vaste espace qu’est l’océan Pacifique est en train de se réduire à la taille d’une mer Méditerranée et je pense qu’il sera encore plus petit dans 30 ans.

Si nous considérons l’océan Pacifique comme une mer intérieure, de quelle « mer intérieure » s’agit-il exactement? Cette mer intérieure relierait entre eux le Japon, les pays de l’ASEAN, l’Amérique du nord et du sud, ainsi que la Russie dans la mesure où le développement de la Sibérie orientale progresse. Elle relierait non seulement la Chine, la péninsule indochinoise ainsi que l’Australie et la Nouvelle Zélande, mais se prolongerait également au-delà de l’Inde jusqu’aux pays du Moyen Orient.

Je peux aisément imaginer que vous devez trouver cette façon de concevoir l’océan Pacifique comme une mer intérieure grandiose ou saugrenue. Mais laissez-moi vous rappeler ce à quoi ressemblait la mer Méditerranée au XVIème siècle. L’historien français Fernand BRAUDEL la décrit comme une mer intérieure, carrefour d’échanges dynamiques entre les pays qui l’entourent, avec un va-et-vient incessant des navires transportant hommes et marchandises.

Il se trouve que la mer Méditerranée s’étend sur près de 3 700 km.

La distance qui sépare notre centre de conférence du Golden Gate Bridge sur la côte ouest des Etats-Unis est d’un peu moins de 8 300 km. En admettant que la vitesse des navires modernes est trois fois supérieure à celle des navires du XVIème siècle, nous pouvons effectuer le trajet d’ici jusqu’au Golden Gate Bridge en moins de temps qu’il n’en fallait jadis pour aller d’une extrémité à l’autre de la Méditerranée.

Nous pourrions prendre en considération d’autres critères autres que la vitesse des navires modernes, comme celui des télécommunications. Je suis sûr que vous comprenez mieux maintenant que si nous considérons la Méditerranée comme une mer intérieure, ne serait-ce qu’en termes de vitesse des navires, on peut alors dire que l’océan Pacifique est déjà devenu une mer intérieure bien plus petite que la Méditerranée du XVIème siècle.

En adoptant ce point de vue, ne peut-on pas également élargir notre perspective psychologique de la région Asie-Pacifique ? Nous qui vivont au XXIème siècle, ne devons nous pas nous débarrasser une fois pour toutes de ce carcan psychologique hérité du XXème siècle qui divise l’océan Pacifique en deux rives occidentale et orientale ? En modifiant ainsi notre manière de penser, n’avons nous pas l’impression qu’un lourd fardeau a été enlevé de nos épaules ? Je suis sûr qu’un tel changement de perspective est nécessaire pour des peuples désirant transformer l’océan Pacifique en une réelle « mer intérieure ».

Par conséquent, le mot clé est assurément « ouverture ». Nous aspirons sincèrement à exploiter le potentiel illimité de la région avec nos amis de l’Asie et du Pacifique et, pour se faire, la société japonaise doit accepter de vivre dans la diversité, en s’ouvrant aux différents pays de la région Asie-Pacifique et du reste du monde.

Déjà, les pays bordant l’océan Pacifique comptabilisent environ 60% du PIB total mondial et plus de 40% des échanges commerciaux internationaux. Dans trente ans, nous trouverons certainement le long des rives de cette future « mer intérieure du Pacifique » des pays comptant parmi les premières dix puissances économiques du monde. Prenons le Japon, les Etats-unis, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, l’ASEAN qui poursuit son mouvement d’ntégration, ou la Russie. Qui peut deviner jusqu’à quel stade leurs économies nationales se seront développées dans 30 ans ?

Je me suis récemment rendu en Russie où je me suis entretenu avec le Président russe Dimitri MEDVEDEV et le Premier Ministre Vladimir POUTINE sur la façon de collaborer pour la stabilité de la région. Ces dernières années, Moscou semble s’intéresser de nouveau à l’Extrême Orient et cherche à tisser des liens plus étroits avec la région Asie-Pacifique, afin de poursuivre le développement de la Russie orientale ainsi que de la Sibérie orientale. A cette occasion, j’ai expliqué à mes partenaires russes que c’est là aussi que résidait la nécessité pour la Russie de conclure un traité de paix avec le Japon. Je suis persuadé que si la Russie approfondit ses relations avec le Japon et tisse des liens avec l’ensemble des pays de la région Asie-Pacifique, cela lui offrirait de nouvelles opportunités de croissance, tout en contribuant à la prospérité de l’ensemble de la région Asie-Pacifique.

J’aimerais maintenant attirer votre attention sur l’Asie du Sud, qui possède un véritable vivier de jeunes talents, hautement qualifiés, en particulier dans le secteur des technologies de pointe. Je pense que vous serez certainement d’accord avec moi pour dire que l’Inde deviendra dans le futur un des piliers de la prospérité en Asie.

En ce sens, je pense que nous devons nous réjouir de la situation géographique dont nous bénéficions. Notre « voisinage » est en train de devenir rapidement de plus en plus prospère. Nous nous trouvons à un moment de l’histoire et à un endroit dans le monde où les personnes, les biens, les capitaux ainsi que les connaissances traversent l’océan Pacifique avec la volonté commune d’en faire une mer intérieure. Le Japon devrait réfléchir de concert avec ses voisins asiatiques et les Etats - Unis sur les moyens de promouvoir des partenariats économiques, et d’apporter ainsi une plus grande impulsion à la division internationale du travail et aux réseaux de production industrielle et de distribution à l’intérieur de la région Asie-Pacifique.

L’Asie est désormais en passe de jouer un rôle moteur dans l’histoire mondiale. Notre région constitue un réseau connaissant une expansion et un développement sans fin, relié au reste du globe par l’océan.

Toutefois, un tel réseau ne saurait se développer tout seul. Les pays asiatiques devront s’ouvrir sur le Pacifique et développer leurs capacités à participer à la création de ce réseau. Nous devons en outre créer l’environnement indispensable pour cela. La question est donc de savoir ce que nous devons faire concrètement pour réaliser ce réseau.

Permettez-moi maintenant de vous présenter mes engagements dans cinq domaines, à l’aide d’exemples d’actions concrètes que nous avons l’intention de mener.

Mon premier engagement est que le Japon va soutenir pleinement les efforts de l’ASEAN pour créer une communauté qui est en bonne voie de réalisation.
Non seulement l’ASEAN se situe dans une région - clé au sein de ce réseau de l’océan Pacifique, mais elle a aussi joué durant les 30 dernières années un rôle majeur dans la coopération régionale en Asie de l’Est et dans la région Pacifique. Les pays de l’ASEAN n’ont cessé d’envoyer des messages en faveur de la coopération et de l’intégration au Japon, à la Chine et à la Corée du Sud. Actuellement, les nations qui composent l’ASEAN sont engagées dans de difficiles efforts pour réduire le fossé économique existant entre ses différents membres, et travaillent aussi à l’élaboration d’une charte de l’ASEAN fondée sur des valeurs universelles.

Je suis convaincu que la stabilité et la prospérité de l’ASEAN vont dans l’intérêt du Japon. C’est pourquoi je suis déterminé à coopérer avec l’ASEAN, dont l’objectif est de créer une communauté de l’ASEAN d’ici à 2015, et le Japon a l’intention d’intensifier ses efforts de coopération. Le Japon songe à nommer un ambassadeur auprès de cette organisation lorsque sa charte sera entrée en vigueur et, dans un avenir assez proche, le Japon y disposera d’une délégation permanente.

Ces dernières années, les relations entre le Japon et l’ASEAN ont franchi une étape importante. Je fais bien entendu référence à l’accord de partenariat économique global conclu entre le Japon et l’ASEAN (AJCEP). Il ne fait aucun doute qu’il contribuera à donner une nouvelle impulsion en faveur de la création d’un marché unique au sein de la région.

Cependant, je suis absolument convaincu qu’il nous faut impérativement supprimer les disparités économiques au sein de l’ASEAN pour garantir un développement soutenu à ce futur marché unique. Je proclame que les 30 prochaines années seront « 30 années de réduction des écarts de développement » et je propose de travailler tous ensemble pour rendre cela possible.

L’assistance qu’apporte le Japon aux pays de la région du delta du Mékong est un bon exemple de l’aide japonaise. Parallèlement à ses nombreux efforts pour réduire les inégalités économiques dans cette région, nous avons aidé à la création d’un corridor traversant la péninsule indochinoise d’est en ouest. Ce couloir reliera les pays enclavés de l’ASEAN à ce réseau de l’océan Pacifique dont je viens de vous parler. Ce « couloir est-ouest » traversera le Myanmar et ira jusqu’en Inde, ce qui indubitablement apportera encore plus de dynamisme au développement de cette région.

Il existe un grand nombre de thèmes sur lesquels le Japon souhaite coopérer avec l’ASEAN, à commencer par les moyens de concilier croissance économique et protection de l’environnement, l’amélioration de l’efficience énergétique ou les efforts à accomplir pour assurer la sécurité alimentaire. Les mesures communes qui ont été prises pour enrayer la propagation de l’épidémie de grippe aviaire sont un excellent exemple de la coopération entre le Japon et l’ASEAN.

Durant ces 30 dernières années, les relations entre le Japon et l’ASEAN se sont intensifiées. Je m’engage donc devant vous à ce que le Japon et l’ASEAN soient des « partenaires qui réfléchissent et agissent ensemble, partageant une même vision de l’avenir » et que ce partenariat se poursuive durablement.
Mon second engagement est de réaffirmer que le Japon va renforcer son alliance avec les Etats-Unis d’Amérique, qui est en quelque sorte un « bien public » commun aux pays de la région Asie-Pacifique.

Il va sans dire que les Etats-unis sont un des acteurs majeurs de la région Asie-Pacifique. Je parle souvent de faire « coïncider » les politiques de renforcement de l’alliance nippo-américaine et la promotion d’une diplomatie asiatique. Il existe encore des facteurs d’instabilité et d’incertitudes en Asie, tels que la question de la Corée du Nord. La résolution des problèmes de la péninsule coréenne est une condition sine qua non pour un développement stable de l’ensemble de la région de l’Asie du Nord – Est. De nos jours, l’alliance nippo-américaine est bien plus qu’un simple moyen d’assurer la sécurité du Japon; elle concourt également à la stabilité de toute la région Asie-Pacifique. Grâce à elle, l’Asie pourrait devenir une région où l’avenir pourrait être envisager plus sereinement — autrement dit, une région sûre et ne suscitant pas d’inquiétude, où les échanges commerciaux et culturels pourraient se dérouler sans aucune contrainte. L’alliance nippo - américaine sera la pierre angulaire de la prospérité en Asie.

Troisièmement, je m’engage à ce que le Japon devienne une "nation oeuvrant pour la paix", travaillant sans relâche pour la paix dans la région Asie-Pacifique et dans le reste du monde.

Afin de faire des couloirs maritimes autour du détroit de Malacca des eaux sans pirates et pour empêcher qu’ils ne servent de bases arrières pour les terroristes, le Japon a l’intention d’intensifier sa coopération avec ses partenaires asiatiques, notamment avec les pays de l’ASEAN. D’autre part, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, nous devons poursuivre les opérations de ravitaillement en carburant que nous menons actuellement dans l’océan Indien.

Dans le domaine des activités de maintien de la paix, le Japon, fort de son expérience au Cambodge et au Timor oriental, a récemment lancé un programme de formation de spécialistes de ce type d’activités de maintien de la paix. Notre objectif est que, dans un proche avenir, ces professionnels de la paix, venant du Japon et des autres pays asiatiques et formés ici au Japon, partent dans des zones de conflit à l’extérieur de l’Asie et qu’ils travaillent main dans la main au maintien de la paix dans le monde.

Par ailleurs, je voudrais poursuivre notre « diplomatie en faveur de la coopération dans la gestion des catastrophes naturelles ». L’Asie a été frappée ces dernières années par une série de catastrophes naturelles de très grande ampleur, telles que tsunamis, cyclones, violents tremblements de terre. Afin de renforcer nos capacités de réaction aux catastrophes naturelles, le Japon travaille actuellement à promouvoir « la coopération dans la gestion des catastrophes naturelles » par le biais notamment de ses aides publiques au développement, tout d’abord avec les pays de l’ASEAN, ensuite avec les autres pays de la région Asie-Pacifique.

Je voudrais réfléchir avec les autres pays d’Asie à la création d’un réseau entre les différentes organisations de secours et d’intervention existant en Asie, afin d’établir une structure capable de coordonner immédiatement des opérations de secours en cas de catastrophe naturelle. J’ai la conviction que nous devons sans tarder mettre en place ce qui pourrait être qualifié de « le réseau de gestion des catastrophes naturelles et des épidémies en Asie », en tenant compte des mesures qui ont déjà été prises en commun face à l’épidémie de grippe aviaire.

Quatrièmement, j’ai l’intention de continuer à développer les échanges de jeunes. Comme préalable nécessaire à toute coopération, le Japon va développer et renforcer les infrastructures pour les échanges intellectuels et inter-générationnels dans la région Asie-Pacifique. Le Japon a d’ores et déjà mis en oeuvre un « programme d’échanges de 300 000 étudiants ». Dans le cadre du Réseau Japon-Asie de l’est du programme pour les échanges d’étudiants et de jeunes (programme JENESYS), nous accueillons chaque année au Japon 6 000 jeunes venant de toute l’Asie.

J’ai également l’espoir de parvenir à faire franchir un cap décisif aux échanges universitaires dans la région Asie-Pacifique. Je discuterai de ce sujet avec d’éminentes personnalités japonaises et étrangères pour parvenir à un accord lors du Sommet de l’Asie de l’Est qui doit se dérouler à la fin de cette année. Je pense au « programme ERASMUS », qui existe en Europe depuis les années 1980, et je souhaiterais que nous puissions mettre sur pied ce qui pourrait être une version asiatique de ce programme.

Concernant l’Institut de recherches économiques pour l’ASEAN et l’Asie de l’Est (ERIA) qui a récemment été créé, je souhaite qu’il devienne une organisation qui puisse jouer dans l’avenir en Asie un rôle comparable à celui de l’ OCDE, dans l’espoir de voir la région Asie - Pacifique devenir un centre de développement économique dynamique.

Enfin, cinquièmement, ma dernière profession de foi concerne la lutte contre les changements climatiques. Toutefois, c’est un sujet sur lequel le Japon ne devra pas être le seul à s’engager et à agir.

Il est certain que l’Asie sera le plus grand centre de la croissance économique mondiale et, en même temps, il est quasiment certain que notre région deviendra également la plus grande région émettrice de gaz à effets de serre. Cette question des changements climatiques sera un des thèmes majeurs du sommet du G8 que le Japon accueillera à Toyako, sur l’île de Hokkaidô, dans un mois et demi. Nous devrons nous mettre d’accord le plus rapidement possible sur un nouveau cadre de négociations post - Kyôto et parvenir à l’établissement d’une société faiblement émettrice en carbone.

Le Président chinois Hu Jintao s’est montré très positif sur ce point lors de sa récente visite officielle au Japon, ce qui nous encourage à poursuivre nos efforts. Dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Japon est en mesure d’apporter sa contribution de diverses manières et nous espérons sincèrement pouvoir coopérer encore plus étroitement sur cette question avec les autres pays de la région Asie-Pacifique.

Je viens de formuler devant vous mes cinq engagements pour l’avenir de la région Asie-Pacifique. Premièrement, soutenir résolument l’intégration et le développement de l’ASEAN ; deuxièmement, renforcer l’alliance nippo-américaine ; troisièmement, assumer nos responsabilités en tant que « nation oeuvrant pour la paix » ; quatrièmement, développer les infrastructures pour des échanges intellectuels et intergénérationnels qui serviront à assurer l’avenir de notre région par les échanges des jeunes. Le cinquième et dernier point est qu’il est impératif de joindre nos efforts pour relever le défi de concilier la croissance économique avec la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique.

Il y a 30 ans, personne n’aurait pu imaginer l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui. De la même façon, il nous est bien difficile de prédire l’état du monde dans 30 ans. Toute médaille a son revers. Les bouleversements qui nous frapperont dans l’avenir deviendront parfois source d’instabilité pour toute la région Asie-Pacifique.

Nous devons nous préparer aux changements climatiques et l’engagement de chacun d’entre nous est nécessaire pour tenter d’atténuer leurs effets négatifs. Cela est également vrai pour l’eau, ainsi que pour les questions d’énergie et de sécurité alimentaire. Nous devons nous attaquer en priorité à l’explosion démographique et à la concentration des populations dans les zones urbaines. Si nous ne réussissons pas à établir un meilleur système de gouvernance — je veux dire une gouvernance transparente, démocratique et basée sur l’Etat de droit, ce qui paraîtrait tout à fait naturel — il sera impossible de contenir l’agitation sociale ou d’étouffer ces problèmes dans l’oeuf.

C’est précisement dans ces moments-là — quand les difficultés surgiront — que j’espère que le Japon sera pour vous un pays sur lequel vous pourrez compter ou avec lequel vous pourrez coopérer comme vous le feriez avec un collègue ou un partenaire.

Le Japon a été confronté à de nombreuses difficultés dans le passé. Par exemple, il y a 44 ans, l’année des Jeux olympiques de Tôkyô, la pollution environnementale dans l’archipel était extrêmement grave. Il y a 15 ans, après l’éclatement de la bulle spéculative, nous avons souffert d’une grave récession conjuguée à une déflation. Cependant, nous avons su faire du choc pétrolier en 1973 une opportunité pour augmenter notre efficience énergétique et avons ainsi pu résoudre la grande majorité de nos problèmes de pollution. Le Japon est une nation qui a toujours été confrontée à d’innombrables problèmes, mais qui a aussi toujours su les surmonter.

En dépit de sa grande abondance matérielle, la société japonaise n’a jamais abandonné sa philosophie du mottainai qui consiste à considérer qu’il est absurde d’abandonner des choses qui ont encore une certaine valeur. Pour moi, les Japonais possédent une culture qui peut servir de base à l’adoption d’un nouveau style de vie rendu obligatoire pour répondre au nouveau défi qu’est l’établissement d’une société faiblement émettrice en carbone. C’est pourquoi, lorsque les pays de la région Asie-Pacifique rencontreront des problèmes, j’ai l’espoir qu’ils considéreront le Japon comme un pair avec lequel ils peuvent échanger des expériences, en se demandant comment le Japon a fait pour surmonter ces problèmes.

J’ai la conviction que les relations idéales entre les pays de la région Asie-Pacifique d’aujourd’hui seraient celles dans lesquelles chacun aurait quelque chose à apprendre de l’autre. Il y a un grand nombre de problèmes que le Japon devra résoudre dans les années à venir. A mon sens, le Japon a beaucoup de choses à apprendre des pays de la région Asie-Pacifique dans de nombreux domaines, tels que la participation des femmes dans la société — le Japon accuse en effet un certain retard dans ce domaine — ou les investissements directs étrangers qui sont plutôt faibles au Japon, ou encore la valorisation de tous les talents hautement qualifiés venant d’Asie. Par ailleurs, je suppose que nos voisins de la région Asie-Pacifique sont particulièrement intéressés par la façon dont le Japon traitera le problème du vieillissement de sa population doublé d’une baisse de natalité. Il faut que le Japon devienne lui aussi un pays plus ouvert. Nous devons résolument chercher à établir des relations dans lesquelles nous apprenons chacun l’un de l’autre, en nous encourageant réciproquement. Si toutes les nations et tous les peuples de l’Asie dans leur grande diversité s’unissent pour régler leurs problèmes communs, nous pourront alors peut-être trouver plus rapidement des solutions.

J’espère, au moment même où la croissance apporte le dynamisme en Asie et en train de transformer l’océan Pacifique en une mer intérieure, que le Japon remplira un rôle majeur en tant que centre de stabilité et de développement économique pour toute la région, et élargira le champ de ses activités.

Il est crucial que tous les peuples de la région Asie-Pacifique travaillent à établir entre eux des relations fondées sur la confiance mutuelle — autrement dit, qu’ils apprennent à “agir ensemble”.

La région Asie-Pacifique est en train de devenir un réseau dynamique, avec l’océan servant d’intermédiaire. Je conclurais mon allocution par ces mots : le Japon et le peuple japonais ont besoin de tisser des liens avec les autres peuples d’Asie pour apprendre à « agir ensemble », grâce à une confiance sans faille en l’autre.

Je vous remercie pour votre attention.


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