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Discours de Taro ASO, Premier ministre du Japon au Japan National Press Club, 9 avril 2009
« Vers une nouvelle croissance »

Sommaire :


1 . Introduction

2. L’avenir de l’économie japonaise – « Stratégie pour un développement futur ».

(1)Le Japon, leader mondial de la « révolution écologique » en faveur d’une société faiblement émettrice en carbone.

i. Plan pour devenir le numéro un mondial de l’énergie solaire.
ii. Plan pour devenir le premier pays utilisateur de véhicules écologiques.

(2) Pour une société sûre, en bonne santé et à forte longévité.

i. Plan en faveur de la création de 300 000 emplois dans le secteur des soins de santé.
ii. Plan pour la redynamisation des soins médicaux au niveau local.

(3) Promouvoir l’attrait du Japon.

i. Le Japon : une destination touristique attractive majeure.
ii. Diffusion du « soft power » du Japon.

3. Croissance en Asie – « Initiatives de croissance pour doubler le volume de l’économie asiatique »

(1) Renforcement du potentiel de croissance asiatique.

i. Quelques exemples concrets.
ii. Établissement d’un plan d’ensemble de développement asiatique.

(2) Développement de la demande intérieure en Asie.

4. Conclusion




1. Introduction

Mesdames et Messieurs,

Une demi-année s’est écoulée depuis ma nomination au poste de Premier ministre. Six mois durant lesquels j’ai travaillé sans relâche pour lutter contre une crise économique dont on peut même dire, rétrospectivement, qu’elle n’arrive « qu’une fois tous les cent ans ».
Devant cette crise majeure, les citoyens comme les entreprises sont remplis d’un sentiment d’incertitude et d’impuissance face à l’avenir.
Pourtant, cette crise porte en elle la possibilité de changer la structure de la compétition dans l’économie et l’industrie mondiales.
En cette période de transition mondiale, les pays qui sauront surmonter la crise pour mieux rebondir pourront connaître dans l’avenir une grande prospérité. En ce sens également, nous nous trouvons maintenant à un tournant qui ne se présente « qu’une fois tous les cent ans ».
Pour répondre à la question de savoir vers quel avenir se dirige l’économie japonaise, je souhaiterais vous présenter aujourd’hui ma nouvelle stratégie de croissance, que j’ai nommé « Stratégie pour un développement futur ». Prévue jusqu’en 2020, elle se présente comme une feuille de route décrivant les secteurs industriels à développer et les moyens de la mettre en application. Je vous en ferais un compte-rendu dans le courant de la semaine prochaine, dès que les détails auront été étudiés.
Mais les nouvelles frontières de la croissance vont bien au-delà de celles du Japon. C’est pourquoi je vous présenterai aussi notre stratégie de croissance à l’échelle asiatique, dont l’objectif est de doubler le volume de l’économie asiatique.

 

2. L’avenir de l’économie japonaise – Une nouvelle stratégie de croissance

Considérons tout d’abord le « futur » de l’économie japonaise.
Alors que d’importants ajustements à l’échelle mondiale s’avèrent nécessaires, il n’est plus concevable que le Japon rétablisse seul sa croissance jusqu’alors fondée sur l’exportation de biens de consommation traditionnels. Pour développer rapidement de nouveaux modèles de croissance, je propose trois axes :

1) Faire du Japon le leader mondial de la « révolution écologique » en faveur d’une société faiblement émettrice en carbone.
2) Créer une société sûre, en bonne santé et à forte longévité.
3) Promouvoir l’attrait du Japon.

Ces trois axes représentent les domaines où le Japon peut exploiter ses points forts et ses spécificités.
Nous concentrerons les investissements publics et privés dans ces trois directions et réaliseront des réformes systémiques audacieuses en vue de stimuler ces investissements.
Ces initiatives audacieuses de la part des secteurs publics et privés devraient nous permettre d’augmenter le PIB de 120 000 milliards de yens d’ici 2020, et de créer 4 millions d’emplois possibles.
Nous voulons notamment susciter durant les trois prochaines années une demande intérieure comprise entre 40 et 60 000 milliards de yens et créer des emplois pour 1,4 à 2 millions de personnes.

1) Faire du Japon le leader mondial de la « révolution écologique » en faveur d’une société faiblement émettrice en carbone

Premièrement, la « révolution écologique ».
La lutte contre le réchauffement climatique représente le défi majeur à surmonter pour les populations du XXIème siècle. La « révolution écologique » consistera à surmonter ce défi au moyen des nouvelles technologies et d’une réforme du système social.
La forte croissance d’après-guerre avait radicalement changé le Japon. Alors que la généralisation des appareils électroménagers comme la machine à laver, la télévision ou le réfrigérateur, également surnommés « les trois trésors », a allégé les tâches ménagères et favorisé la convivialité familiale, la voiture a révolutionné notre mode de vie.
Pour permettre à la « révolution écologique » de se faire, de pareils changements seront nécessaires, dans des domaines allant du mode de vie à l’urbanisme.
Dans la « société des faibles émissions de carbone » du XXIème siècle, les batteries solaires, les voitures électriques et les appareils ménagers à faible consommation d’énergie deviendront les nouveaux « trois trésors ». Et je suis convaincu que ces nouvelles technologies nous feront apprécier les merveilles d’une société faiblement émettrice en carbone et nous donneront des visions pour l’avenir, tout comme elles le firent durant la période de haute croissance (1955 -1973 ; NdT).
L’efficacité énergétique du Japon est deux fois plus élevée que celle des Etats-Unis, 1,7 fois plus élevée que celle des pays européens. Cela montre bien que nous disposons des bases suffisantes pour permettre de telles réformes, à commencer par le plus haut niveau technologique au monde en matière d’économie d’énergie.

Je voudrais que d’ici 2020, nous doublions le volume d’énergie renouvelable afin qu’elle couvre 20% de notre consommation énergétique totale, soit le plus haut niveau mondial.
Ce secteur de cette « révolution écologique » permettra la création en 2020 d’un nouveau marché de 50 000 milliards de yens et de 1,4 millions emplois.

i. Plan pour devenir le numéro un mondial de l’énergie solaire

Premièrement, le projet sur lequel nous devons concentrer tous nos efforts est le plan pour faire du Japon le « numéro un mondial de l’énergie solaire ». Ce plan nous permettra de multiplier par 20 notre production d’énergie solaire en 2020.
L’énergie solaire est sur le point de connaître un développement mondial, et les prochaines années seront cruciales pour que le Japon reconquiert sa place de leader mondial dans ce domaine. La question est de savoir comment y parvenir
Pour ce faire, nous devons rompre le cercle vicieux qui entraîne :

1. Prix élevés en raison de la faible demande ;
2. Demande stagnante en raison des prix élevés

Plus que tout, Il faut une volonté politique ferme destinée à « générer la demande au moyen de mesures politiques ».
Dans cette optique, le gouvernement mettra en place un « nouveau système d’achat » dans lequel les compagnies d’électricité achèteront l’énergie solaire d’origine domestique près du double des prix actuels. Ce système, couplé aux mesures de soutien prises par le gouvernement et les collectivités locales, permettra aux foyers équipés de panneaux solaires d’être bénéficiaires d’ici une dizaine d’années.
Par ailleurs, nous concentrerons nos efforts pendant les trois prochaines années pour équiper en paneaux solaires les 36 000 écoles élémentaires, collèges et lycées publics que compte le Japon, pour en faire des « écoles vertes » où nos enfants pourront bénéficier de cette énergie renouvelable.
Ces mesures visent à diminuer de moitié les prix des systèmes de fourniture en énergie solaire dans les trois à cinq ans à venir.Ces ambitieux projets sont soutenus par l’espoir qu’un jour les panneaux solaires « made in Japan » recouvrent les toits des habitations et les déserts à travers le monde.

ii. Plan pour devenir le premier pays utilisateur de véhicules écologiques

Le deuxième projet est de devenir le premier pays utilisateur des véhicules écologiques. Le Japon sera le premier pays au monde à véritablement populariser l’utilisation des « véhicules écologiques » comme les voitures électriques ou les voitures hybrides. Dans les trois ans à venir, le Japon se lancera dans la production et la vente à grande échelle de voitures électriques, pour faire en sorte que d’ici 2020 un nouveau véhicule acheté sur deux soit écologique.
Dans ce but, les acquéreurs d’un véhicule écologique pourront dès ce mois-ci être exonérés de la taxe sur le tonnage du véhicule ainsi que de la taxe d’acquisition. En outre, un nouveau système d’aides financières permettra le remplacement annuel de près d’un million de voitures par des véhicules écologiques. Nous souhaitons instaurer une nouvelle époque où les citoyens choisiront leur véhicule en fonction de ses performances écologiques.
Le gouvernement sélectionnera par ailleurs dix villes modèles en matière d’urbanisme écologique, pour mettre en place un projet témoin permettant d’étudier ce que sera la société motorisée de demain. Forts du savoir acquis dans cette expérience, nous souhaitons collaborer avec les États-Unis, le premier marché automobile mondial, pour établir de nouveaux standards internationaux.
Parallèlement à cela, nous soutiendrons les ventes de près de 30 millions d’appareils faiblement consommateurs en énergie par an au moyen d’un système d’attribution d’« éco-point » à tous les acquéreurs de ce type d’équipement.

2) Pour une société sûre, en bonne santé et à forte longévité.

Le deuxième axe de notre stratégie de croissance est l’établissement d’« une société à forte longévité » sûre et en bonne santé.
La population japonaise vieillit à un rythme inégalé dans le monde.
Mais les seniors japonais sont fortement désireux de travailler.
Le taux des hommes âgés de plus de 65 ans ayant une activité professionnelle est de 30% au Japon contre 20 % aux États-Unis et plus ou moins 10 % en Europe.
Plus de 80 % des Japonais âgées de plus de 60 ans souhaitent continuer à travailler au moins jusqu’à 70 ans.
Si nous pouvons assurer des services de santé et de soins solides, nous pourrons créer une société qui, bien que vieillissante, est active et reste prééminente dans le monde.
Première mondiale, l’établissement d’une société bien portante et bénéficiant de la longévité permettra la création d’industries répondant à une large demande intérieure.
Ce secteur permettra la création en 2020 d’un nouveau marché de 35 000 milliards de yens et de 2,1 millions emplois.

i. Plan en faveur de la création de 300 000 emplois dans le secteur des soins de santé

Pour commencer, le « Plan en faveur de la création de 300 000 emplois dans le secteur des soins de santé» permettra de fournir à ce secteur 300 000 postes supplémentaires durant les trois prochaines années, avec pour objectif de faire passer le nombre des personnels spécialisés de 1,3 millions actuellement à 2,2 millions en 2020.
Même si aujourd’hui de nombreuses personnes se retrouvent sans emploi, ce secteur connait toujours une sévère pénurie de main d’œuvre.
De fait, la rémunération annuelle dans ce secteur est inférieure de plus d’un million de yens par rapport aux revenus moyens constatés dans les autres secteurs industriels et offre peu de possibilités de promotion professionnelle. Afin d’améliorer la qualité des services de soins, il convient de rendre la profession plus attractive..
En premier lieu, il faut améliorer de toute urgence les conditions de travail.
Pour ce faire, nous renforcerons les fonds destinées aux soins de santé. Avec ces fonds, en plus des salaires de base, nous augmenterons les rémunérations des personnels soignants et améliorerons la qualité des prestations durant les trois ans à venir.
Nous remplacerons également le système actuel de rémunération par un système permettant l’amélioration des salaires et des conditions de travail en fonction de la formation et de l’expérience, comme pour les salariés des entreprises et du secteur industriel.
Dans les zones urbaines, le problème majeur est la pénurie des établissements de soins. Au cours des trois prochaines années, nous y concentrerons nos efforts pour développer ce type d’établissement.

ii. Plan pour la redynamisation des soins médicaux au niveau local.

L’autre projet essentiel est un « Plan pour la redynamisation des soins médicaux au niveau local ».
Au niveau local, l’accès aux soins médicaux doit répondre à de sérieux problèmes tels que le manque de médecins, les cas de patients promenés d’un hôpital à l’autre, etc. Il y a cependant des médecins, des infirmiers et des infirmières qui travaillent jour et nuit, y compris les week-ends et les jours fériés.
Pour résoudre cette situation, il est nécessaire de réorganiser le système des soins médicaux au niveau local.
Les collectivités locales et les hôpitaux ne pourront résoudre ce problème à eux seuls.
Il est indispensable de modifier notre façon de penser pour concevoir en coopération avec les communes avoisinantes un système où les hôpitaux, les médecins privés et les centres de soins collaboreraient pour offrir aux habitants un service de santé global.
Il est aussi important de répartir les tâches de chacun en tenant compte des besoins des patients. Par exemple, en créant des centres d’interventions disposant de services d’urgences ou obstétriques, nous pourrions nous assurer que les patients ne soient plus « promenés d’un hôpital à l’autre ».
Le gouvernement investira sans hésiter dans la création de systèmes intégrés de santé et de soins réunissant l’ensemble des acteurs locaux.
Concrètement, nous voulons que les tâches soient réorganisées entre les hôpitaux ou entre les hôpitaux et les cliniques disséminés sur une large zone couvrant plusieurs communes. Nous aiderons au maximum les acteurs qui ont réussi à se concerter dans ce sens pour :

a- Accroître le nombre des aides soignants chargés d’aider les médecins.
b- Développement d’équipements médicaux de pointe et d’équipements informatiques.
c- Assurer des services de transports devant permettre l’accès aux soins à tous les habitants.

Des zones pilotes seront sélectionnées dans chaque département et les expériences réussies seront ensuite appliqués d’ici une dizaine d’années dans près de 350 zones disséminées dans l’ensemble du pays. Le gouvernement s’investira pleinement dans ce grand projet de reconstruction du système régional de santé conçu pour dix ans.

3) Promouvoir l’attrait du Japon

Le troisième axe de notre stratégie de croissance est la « promotion de l’attrait du Japon ».
Depuis longtemps, le « soft power » du Japon s’est développé à travers la culture et la sensibilité qui caractérisent le pays. Ce sont par exemple les paysages naturels qui enchantent les touristes étrangers, l’animation ou la mode qui attirent l’attention du monde entier.
En exploitant ces ressources, nous créerons de nouvelles industries touchant à de nombreux domaines. Nous redynamiserons les régions et créerons des emplois pour les jeunes.

i. Le Japon : une destination touristique attractive majeure

D’abord, nous visons à devenir « une destination touristique attractive majeure ». L’objectif de doubler le nombre annuel de touristes à l’horizon 2020 pour atteindre les 20 millions de visiteurs étrangers par an. Cela devrait générer des retombés économiques de 4 300 milliards de yens.
Malheureusement, le Japon ne se classe actuellement qu’au 28ème rang en termes de touristes étrangers. En mettant en valeur nos atouts et en réalisant les aménagements nécessaires, nous verrons certainement le nombre de touristes étrangers augmenter.
Premièrement, nous améliorerons l’accès au territoire japonais. Nous réduirons de moitié le temps d’attente pour le contrôle des passeports à l’aéroport International de Narita pour qu’il passe de 28 mn au maximum à 15 mn. Nous réduirons de moitié le temps de transfert entre l’aéroport International de Narita et les lignes domestiques de l’aéroport de Haneda pour faire en sorte qu’il passe de 100 mn à 50 mn environ.
Je souhaiterais aussi améliorer radicalement la préservation des paysages naturels et urbains des sites touristiques. Nous restaurerons les quartiers urbains traditionnels qui font la fierté de ses habitants. Chaque région japonaise peut devenir un site touristique attrayant, à l’exemple de la ville d’Ouchijuku, dans la région d’Aizu, qui a connu un afflux de touristes après l’enlèvement des poteaux éléctriques.
Dans cette optique, 30 sites touristiques seront sélectionnées dans les trois ans à venir pour y effectuer des travaux destinés à améliorer la préservation du paysage naturel et urbain, comme l’enlèvement des poteaux électriques, et en faire des destinations touristiques attirantes.

ii. Diffusion du soft power japonais

Un autre projet est la diffusion du soft power japonais.
Le Japon dispose de ressources qui séduisent de nombreux consommateurs à travers le monde. Appelés « Cool Japan», ils regroupent aussi bien des contenus médiatiques comme les dessins animés et les jeux vidéo que la mode. Le terme manga est désormais devenu une appellation universelle. De nombreux titres japonais figurent parmi les revues de la presse féminine les plus populaires en Chine. L’époque voit des Ayu, Ebi-chan et autre Karina figuraient dans les revues préférées des jeunes employées et les publicités diffusées en Asie.
Véritables mecques du dessin animé et de la mode, Akihabara et Ura-Harajuku font désormais partie des itinéraires touristiques incontournables de Tokyo.
Malheureusement ce soft power ne découle pas sur des opportunités commerciales à l’étranger. Moins de 2 % des ventes des industries du contenu japonaises se font à l’étranger, soit 1/10ème seulement de leurs homologues américains.
En exploitant l’attrait pour « le soft power » japonais, nous pourrions développer une grande industrie représentant en 2020 entre 20 et 30 000 milliards de yens et créer 500 000 nouveaux emplois.
Il est essentiel de développer le potentiel commercial des producteurs de contenus, des œuvres et du talent des créateurs à travers l’internet et de la téléphonie mobile.
Pour ce faire, nous créerons un organisme qui gérera l’achat en bloc des licences d’exploitation ou les droits des scénarii des créateurs populaires. Cet organisme se chargera d’assurer de façon intégrée le développement des réseaux de distribution et les financements nécessaires pour la réalisation des contenus à l’étranger.
Je vous ai ainsi fait part de mes réflexions en me limitant aux principaux projets relevant des trois grands axes de développement. Il existe bien d’autres projets majeurs et je vous invite à consulter la documentation disposée devant vous pour en connaître les détails.

3. Croissance en Asie – « Initiatives de croissance pour doubler le volume de l’économie asiatique »

Je souhaiterais maintenant poursuivre en abordant un autre thème : celui de la croissance en Asie.
L’Asie sera le « centre de la croissance du XXIème siècle ». L’un des grands atouts du Japon est sa localisation en Asie et il est important qu’il tire profit au maximum de cette situation pour élaborer sa nouvelle stratégie de croissance.
Bien que le Japon soit confronté à une baisse de sa population, le marché asiatique devrait s’accroître par rapport aux marchés européens et américains.
À elle seule, la population de l’Asie de l’Est compte 3,2 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale. Au cours des quatre dernières années, cette population a augmenté de 130 millions de personnes, soit l’équivalent de la population japonaise. En outre, la région l'émergence d'une importante classe moyenne.
La consommation de biens durable augmente lorsque le PIB par habitant dépasse 3 000 dollars. En Chine, le PIB par habitant est déjà supérieur à 3 000 dollars et celui des pays de l’ASEAN est en moyenne de plus de 2 200 dollars.

Il est important que le Japon envisage son développement économique d’une manière « transfrontalière, en tenant compte de l’ensemble de l’Asie ».
Il est extrêmement important de construire le cercle vertueux suivant :

1. Créer de la richesse dans l’ensemble de l’Asie en pleine croissance ;
2. Relier cette richesse à l’emploi et à l’innovation au Japon par des partenariats économiques et des échanges humains
3. Et favoriser ainsi davantage l’essor de l’Asie.

Plutôt que de s’obstiner à accroître la production nationale, le Japon donne de l'importance à la richesse des peuples. En d’autres termes, il faut adopter un point de vue différent; réfléchir « en termesde revenu national brut (RNB), et non plus en terme de produit intérieur brut (PIB) ».
En novembre dernier, j’ai nommé des envoyés spéciaux chargés d’écouter les voix des différents pays asiatiques et de discuter avec eux des mesures concrètes à prendre. Suite à la lecture du rapport qu’ils ont établi après s’être entretenus avec différents responsables nationaux, je propose d’œuvrer dans les deux directions suivantes :

1) Renforcer le potentiel de croissance asiatique

Pour renforcer le potentiel de croissance asiatique, il faut tout d'abord promouvoir de façon cohérente et planifiée l’aménagement d'infrastructures de grande envergure, le développement industriel et l'amélioration institutionnelle. En procédant de la sorte, nous pouvons espérer un essor des régions concernées et de nombreux secteurs industriels. Nous soutiendrons les initiatives allant en ce sens.

i. Exemples concrets

Il faut par exemple actuellement compter deux semaines pour se rendre en bateau de Hô-Chi-Minh-Ville, au Viêt Nam, à Chennai, en Inde, en passant par le Détroit de Malacca.
S’il existait une voie terrestre reliant Hô-Chi-Minh-Ville à la mer d’Andaman, les marchandises pourraient être transportées en dix jours jusqu’à Chennai en les transportant par bateau depuis la Thaïlande. Si, en plus, on pouvait réduire les délais induits par les passages de frontières (formalités douanières, etc.), ce laps de temps devrait être ramené à huit jours.
En construisant de tels axes et en aménageant autour des infrastructures appropriées comme des zones industrielles, la région du Mékong pourrait se développer considérablement en approvisionnant en véhicules et en produits électroniques une vaste région allant aussi loin que l’Inde et le Moyen-Orient.

Par ailleurs, le détroit de Malacca joue un rôle essentiel dans le transport maritime. En soutenant le développement de ses rives, nous pourrons stabiliser une des artères principales du transport de l’énergie qui relie le Japon, la Chine et la Corée du Sud au Moyen-Orient. En outre, cela contribuera grandement au développement des pays d’Asie du Sud-Est comme l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines.
Nous avons d’ailleurs de nombreux projets à l’étude, comme ceux indiqués ci-dessous.

ii. Elaboration d’un plan de développement d’ensemble pour l’Asie

Pour concrétiser cette initiative, il faut élaborer un plan d’ensemble tenant compte des éléments suivants :

a- Établissement d’infrastructures de base, notamment ferroviaires et routières, etc.
b- Établissement d’infrastructures afférentes : centrales électriques et zones industrielles, etc.
c- Établissement de plans de développement industriel.
d- Élaboration de mécanismes de financement.
e- Amélioration nécessaires de certains systèmes : formalités douanières, etc.

Je souhaite que ce plan de développement pour l’ensemble de l’Asie soit élaboré en collaboration avec les pays concernés, en impliquant notamment l’Institut de recherches économiques pour l’ASEAN et l’Asie orientale (ERIA), la Banque Asiatique de Développement Asiatique (BAD) et le Secrétariat de l’ASEAN.
Selon les prévisions, la demande en infrastructures, notamment dans les pays de l’ASEAN et en Inde devrait représenter dans les cinq prochaines années environ 70 000 milliards de yens, dont 10 000 milliards de yens concernent des projets déjà en cours de conception ou de planification.
Le Japon ne se contentera pas de faire des propositions. Il apportera une aide financière en mobilisant son aide publique au développement (APD) ainsi que les autres fonds publics et privés.
Afin d’attirer les investissements privés vers l'aménagement des infrastructures en Asie, le Japon proposera une assurance-crédit à l'export d’un montant de 2 000 milliards de yens pour soutenir principalement les projets de partenariat public-privé. De plus, nous contribuerons au développement d’infrastructures en Asie à travers une aide publique au développment d'un montant de 2000 milliards de yens,et par l’Initiative LIFE (Initiative de soutien aux investissements pour l’environnement) de la Banque japonaise pour la coopération internationale (JBIC) dont le montant avoisine 500 milliards de yens.
La croissance durable en Asie ne doit surtout pas faire oublier les questions environnementales. Grâce aux excellentes technologies environnementales, aux technologies en matière de nouvelles énergies et de réduction de consommation énergétique dont le Japon est doté, nous encouragerons la diffusion de systèmes de recyclage des ressources naturelles à l’échelle transfrontalière ou des systèmes de circulation des eaux performants.

2) Développer la demande intérieure en Asie

Il est également essentiel de développerla demande intérieure asiatique. Outre les incitations à l’investissement inscrites dans le plan de développement régional, il est également important d’accroître la consommation en Asie.

Pour qu’à l’avenir les classes moyennes asiatiques puissent consommer plus en toute sécurité, il convient de développer les filets sociaux, comme les systèmes de sécurité sociale. Le renforcement de l’éducation est aussi important à l’essor des classes moyennes.
Tels sont les défis que chaque pays doit relever. Pour ce faire Il est important que l’ensemble des pays asiatiques coopèrent en partageant les best practice observées et en établissant des indicateurs communs. Je souhaite que l’ERIA fasse des recommandations politiques en ce sens.

En 1960, sous le gouvernement Ikeda Japon est entré dans la période de haute croissance avec son « plan de doublement du revenu national ».
Aujourd’hui, les classes moyennes se développent dans l’ensemble de l’Asie, qui est en train d’entrer dans une nouvelle ère de forte croissance issue de la demande intérieure.
La stratégie dont je vous ai parlé aujourd’hui devrait être appelée « Initiative de croissance pour le doublement de volume de l’économie asiatique ». Nous souhaitons voir les pays asiatiques coopérer dans un esprit de respect mutuel et sur un pied d’égalité pour atteindre l’objectif de doubler le volume de l’économie asiatique en 2020.
Lors du prochain Sommet de l’Asie de l’Est (EAS) qui se tiendra le 12 avril, j’exposerai ce plan et le ferai avancer en ce sens avec les autres pays asiatiques.

4. Conclusion

À de nombreuses reprises au cours de l’histoire, différents modèles de haute croissance soutenue ont disparu pour laisser place à de grands réajustements destinés à trouver un nouvel équilibre.
Les cités-états de l’Italie médiévale, les Provinces –Unies (Pays-Bas) au XVIème siècle, la Grande-Bretagne au XIXème siècle ont tour à tour dominé l’économie mondiale. Pourquoi ces États ont-ils cédé leur place à d’autres après avoir été florissants ?
Mon opinion est que ces états ont en commun d’avoir prospéré grâce aux « manufactures » et au « commerce » avant de sombrer dans un « capitalisme financier » excessif.
Travailler à la sueur de son front. Obtenir de bons résultats grâce à la force du travail en équipe. Telles sont les valeurs traditionnelles qui ont façonné le « savoir-faire » japonais. Si l’on continue à valoriser ces atouts, alors l’économie japonaise a encore un grand potentiel de croissance devant elle.

Dernièrement, il me semble que l’individualisme et l’atomisation sociale progressent à l’école comme dans la famille, ce qui entraîne une diminution des capacités organisationnelles du Japon.
Mais que le Japon reprenne conscience de ses atouts.
Par exemple, si le chemin de fer a été inventé en Grande Bretagne, le réseau ferroviaire japonais est de loin le plus performant.
Ainsi, dans les 23 arrondissements de Tokyo, 76 % des salariés utilisent les chemins de fer pour se rendre à leur travail. En comparaison, ce chiffre n’est que de 19 % à Londres où pourtant le transport ferroviaire est relativement bien répandu.
Cela évite au Japon de connaître le désagrément des embouteillages aux heures de pointe et de la pollution atmosphérique. Et cela grâce au fonctionnement précis du réseau ferroviaire, rendu possible par la compétence des personnels et les capacités organisationnelles japonaises.
La présente « stratégie de croissance » se base sur ces éléments, sans perdre de vue les points forts du Japon. Et j’espère que nous pourrons réaliser au mieux ces nouveaux objectifs et cette stratégie de croissance en impliquant dans cette entreprise tous les acteurs concernés.
L’avenir du Japon et de l’Asie est radieux.
Et par-dessus tout, je souhaite que cette stratégie de croissance vous permette de partager ce même sentiment.


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