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Tribune du Premier ministre Naoto KAN publiée dans « Le Monde » daté du 26 avril 2011

Au Japon, la reconstruction a déjà commencé
L'Archipel sortira renforcé de cette catastrophe naturelle sans précédent


par Naoto KAN
Premier ministre du Japon


Le 11 mars 2011, à 14h46, le Japon a été frappé par un séisme d'une puissance jamais observée jusqu'à présent. Aujourd'hui, l'ensemble de la nation japonaise fait tout son possible pour le rétablissement et la reconstruction des régions touchées par la série de tragédies qui ont suivies le grand séisme dans l'est du Japon et qui ont fait plus de 27 000 morts et disparus, parmi lesquels des ressortissants étrangers.

Depuis cette date, le Japon a bénéficié d'un fort soutien de la communauté internationale ainsi que de ses amis à travers le monde. Au nom du peuple japonais, je tiens à exprimer mes remerciements les plus sincères pour le soutien important et les témoignages de solidarité que nous avons reçu de plus de 130 pays, de près de 40 organisations internationales, ainsi que d'un grand nombre d'ONG et de citoyens du monde entier.

Le peuple japonais est profondément touché par les « kizuna » (« preuves d'amitié ») que lui témoignent ses amis du monde entier. En outre, cette épreuve lui a aussi permis de prendre conscience de la véracité de l'expression : « c'est dans le besoin qu'on reconnaît ses vrais amis. »

La France a, pour sa part, multiplié depuis le début de la crise ses aides humaines et matérielles en faveur des populations sinistrées et pour nous aider à rétablir la situation sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi. Le président Nicolas Sarkozy, qui est à la tête cette année des sommets du G8 et du G20, est le premier chef d'Etat à s'être rendu au Japon après le séisme. Lors de sa visite du 31 mars, il a réaffirmé son soutien et sa solidarité avec le Japon.

Le gouvernement français a également dépêché une équipe de secours comprenant plus d'une centaine de membres et du matériel d'urgence. Nous recevons aussi une assistance dans le domaine nucléaire, notamment de la part de la société Areva.

Le 23 mars, le premier ministre, François Fillon, s'est rendu à la résidence de l'ambassadeur du Japon en France, où il a signé le cahier de condoléances destinés aux sinistrés et adressé un message d'encouragement aux quelques 200 représentants présents de la communauté japonaise en France.

De même, nous avons reçu de très nombreux messages de soutien et de sympathie de la part de citoyens, et un grand nombre d'évènements caritatifs et de collectes de dons ont été organisés partout en France. Au nom du peuple japonais, je réitère mes sincères remerciements pour ces témoignages de soutien et d'amitié.

Il est extrêmement regrettable qu'un accident estimé au niveau le plus élevé de l'échelle INES se soit produit sur le site de la centrale de Fukushima Dai-ichi, accident que je suis avec la plus grande attention. Ma priorité étant de rétablir le plus rapidement possible la situation sur le site de la centrale, je supervise actuellement les efforts fournis par l'ensemble du gouvernement pour résoudre ce problème.

Face à la nécessité de lutter contre les risques induits par cet accident, j'ai mobilisé l'ensemble des ressources disponibles sur la base des trois principes suivants : donner la priorité absolue à la santé et à la sécurité de la population, en particulier les personnes résidant dans les environs de la centrale ; gérer les risques de manière consciencieuse et approfondie ; mettre en place un système de réponse prenant en compte tous les scénarios possibles.

Nous continuons par exemple à faire tout notre possible pour régler le problème posé par le déversement d'eau contaminée dans l'océan. De même, après la découverte de produits alimentaires contaminés par les radiations de la centrale de Fukushima, mon gouvernement a pris toutes les mesures possibles pour garantir la sécurité alimentaire, selon des critères scientifiques stricts.

Le Japon a établi des mesures de précaution élevées afin que la sécurité des denrées alimentaires et des produits japonais disponibles sur les marchés continue d'être assurée. Pour conserver la confiance des consommateurs japonais et étrangers dans les produits japonais, mon gouvernement redoublera ses efforts pour garantir un haut degré de transparence des informations relatives à la centrale de Fukushima Dai-ichi, y compris l'évolution au jour le jour de la situation.

Le gouvernement japonais a l'intention de mener une enquête rapide et complète sur les causes de l'accident, de partager avec le reste du monde les connaissances et les leçons que nous en tirerons, et de participer activement au débat international sur l'amélioration de la sûreté nucléaire, afin qu'un tel accident ne se reproduise plus.

Par ailleurs, du point de vue de la politique énergétique globale, nous devons nous préparer au double défi de répondre à une demande énergétique mondiale en augmentation et de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre l'aggravation du réchauffement climatique. À travers la « renaissance du Japon », je souhaite présenter au monde entier une vision qui puisse contribuer à résoudre le problème mondial de l'énergie et qui inclut la promotion active des énergies propres.

Le grand séisme de l'est du Japon et le tsunami qui en a résulté constituent la plus grande catastrophe naturelle qu'a connue le Japon depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La reconstruction des zones dévastées ne sera pas aisée, mais je considère que ce drame représente une opportunité importante pour assurer la « renaissance du Japon ».

Mon gouvernement consacre toute son énergie à montrer au monde sa capacité à établir un modèle social des plus sophistiqués pour la reconstruction de la région de Tohoku basé sur les trois principes suivants : création de communautés régionales capables de résister aux catastrophes naturelles ; établissement d'un système social permettant aux habitants de vivre en harmonie avec l'environnement planétaire ; établissement d'une société qui prend soin de ses membres, notamment les plus vulnérables.

Après les destructions de la seconde guerre mondiale, le peuple japonais a pu se redresser grâce à ses ressources et à son potentiel pour réaliser une reconstruction remarquable à l'origine de la prospérité actuelle. Cette fois encore, le Japon parviendra assurément à surmonter cette crise, à se reconstruire, et il en ressortira renforcé.

Je suis convaincu que la meilleure façon de répondre aux forts « kizuna » et à la chaleureuse amitié que la communauté internationale nous a témoignés est de contribuer à nouveau à son développement. Aussi, je ferai tout mon possible pour mettre en place une reconstruction « tournée vers l'avenir », qui donne aux gens de l'espoir pour le futur. Et je souhaite pouvoir continuer à compter sur votre soutien et votre coopération.


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