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« Les îles Senkaku appartiennent au Japon et non à la Chine », tribune de l'Ambassadeur Ichiro KOMATSU parue dans le Monde en date du 10 novembre 2012

« Durant une certaine période dans un passé pas si lointain que cela, le Japon, (...)à travers sa domination coloniale et ses agressions, a causé d' immenses dommages et souffrances aux populations de nombreux pays, particulièrement à celles des nations asiatiques. Dans l'espoir qu'une telle erreur ne soit plus commise à l'avenir, je considère, dans un esprit d'humilité, ces faits historiques irréfutables, exprime ici encore une fois mes sentiments de profond remords et présente mes excuses les plus sincères ». Cette citation est tirée d'une déclaration prononcée en 1995 par M. Tomiichi MURAYAMA, alors Premier ministre du Japon. Et depuis cette date, les gouvernements japonais successifs ont réitéré à maintes reprises qu'ils resteraient fidèles à l'esprit de cette déclaration.

A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, partant des remords sincères concernant son passé d'avant-guerre, le Japon s'est imposé le principe suivant : les différents internationaux doivent être résolus de manière pacifique et en conformité avec le droit international. Depuis plus de 67 ans, le Japon est toujours resté fidèle à ce principe. De plus, aspirant à pouvoir réaliser la prospérité de l'ensemble de la communauté internationale, le Japon s'est employé à faire de son mieux pour contribuer à de nombreux projets en faveur du développement, notamment par le biais de son aide publique au développement (APD). Ainsi, l'APD japonaise destinée à la Chine, dont le montant total depuis 1979 atteint plus de 3 mille milliards de yen (environ 28,5 milliards d'euros), constitue la base de la prospérité actuelle de ce pays. Grâce notemment à ces efforts en faveur de la stabilité et de la prospérité dans le monde, le Japon a su gagner la confiance de la communauté internationale, comme l'illustre bien un sondage organisé chaque année depuis 2005 par le BBC World Service qui place le Japon dans le peloton de tête des pays « exerçant une influence positive dans le monde ». Dans une déclaration conjointe signée par les Premier ministres des deux pays et publiée en mai 2008, c'est la Chine qui a elle-même reconnu et apprécié « les contributions en faveur de la paix et de la stabilité dans le monde faites par le Japon depuis plus de 60 ans en sa qualité de nation pacifique ». L'Ambassadeur Kong Quan évoque de nombreux souvenirs durant les cinq années qu'il a passé au poste de porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères. J'ai bien peur que sa mémoire soit pour le moins sélective.

Concernant les îles Senkaku, la souveraineté du Japon sur ces îles est incontestable tant sur le plan historique que sur celui du droit international et le Japon exerce son autorité sur ce territoire de manière effective. La décision du gouvernement japonais de rattacher les îles Senkaku au territoire national a été prise en janvier 1895, après avoir mené conscienceusement depuis 1885 des études sur les îles prouvant qu'elles étaient bien des « terra nullius » (terre sans maître), dépourvues de la moindre trace d'une administration par la Chine (dynastie Qing).

L'Ambassadeur Kong Quan parle de la nécessité de respecter les traités signés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Japon figurant parmi les vaincus de ce conflit, l'étendue de son territoire après guerre fut déterminée par le Traité de paix de San Francisco, un traité signé par le Japon et 48 pays Alliés, dont la France. Les îles Senkaku ne furent pas mentionnées dans l'article II de ce traité parmi les territoires auxquels le Japon a renoncé. En revanche, le Traité de paix de San Francisco plaça les îles Senkaku sous administration américaine comme faisant partie de l'archipel de Nansei (article III), sur la base d'une appartenance dudit archipel au territoire japonais. C'est la raison pour laquelle l'administration de ces territoires fut rendue finalement et pacifiquement au Japon en 1972, en vertu de l'Accord sur la restitution d'Okinawa conclu entre le Japon et les États-Unis. Durant leur administration par les États-Unis, les îles Senkaku furent utilisées par l'armée américaine comme terrain de manœuvres pour des exercices de tir, sans pour autant élever la moindre protestation de la Chine. Défier la souveraineté du Japon sur ces îles équivaut à une tentative unilatérale de modifier l'ordre juridique international de l'après Seconde guerre mondiale, défini par le Traité de paix de San Francisco, que le Japon respecte fidèlement. Il n'existe par ailleurs aucun accord quelconque entre le Japon et la Chine sur une « mise en suspend » de la question des îles Senkaku.

C'est seulement à partir des années 1970, après la publication de rapports faisant suite aux enquêtes océanographiques de la CESAP en 1968 qui évoquaient la présence éventuelle de pétrole en Mer de Chine orientale, que la Chine a soudainement commencé à revendiquer sa « souveraineté territoriale » sur les îles Senkaku. Il faudra également signaler qu'avant les années 1970, les documents démontrant une reconnaissance par la Chine de la souveraineté japonaise sur les îles Senkaku abondent : une lettre de remerciement envoyée par le consul de la République de Chine à Nagasaki (Japon) en 1920, un article du « Quotidien du Peuple » (organe de presse du Parti communiste chinois) daté du 8 janvier 1953, « le Nouvel Atlas de la République de Chine » publié en 1933, « l'Atlas du monde » publié en 1958, etc.

Le rachat par le Gouvernement japonais à un propriétaire privé des trois îles formant les Senkaku, reproché par la Chine, n'est qu'un simple transfert du droit de propriété des terres faisant partie du territoire japonais. Il s'agit du moyen le plus sûr et le plus réaliste pour garantir de manière stable et pacifique la conservation ainsi que la gestion de ces îles sur le long terme, face aux provocations multiples de la Chine, telles que les incursions répétées dans les eaux territoriales japonaises par des navires chinois, parfois de manière violente, ou le débarquement illégal d'activistes chinois sur les îles Senkaku.

Enfin, l'Ambassadeur Kong Quan souligne la nécessité de renforcer davantage la coopération sino-japonaise, notamment dans le domaine économique. Je partage pleinement cet avis et c'est en effet ce que le gouvernement japonais ne cesse de préconiser. Mais les évènements dont nous sommes les témoins en Chine - des actes de violences répétés visant la communauté et les entreprises japonaises, voire parfois même des citoyens chinois conduisant des véhicules japonais - ne sont-ils pas aux antipodes de ce qui nous permettrait d'atteindre cet objectif commun ?

Le Japon ne fléchira pas devant la violence.

 

Ichiro KOMATSU
Ambassadeur du Japon en France

Lien vers l'article du Monde (site-web du Monde.fr)


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