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Discours de politique générale du Premier ministre Shinzo ABE à l'occasion de la 183ème session de la Diète, le 28 janvier 2013

Je souhaiterais commencer mon discours en évoquant en quelques mots l'attaque terroriste qui s'est déroulée en Algérie.

Depuis le début de l'attaque, mon gouvernement a fait tout son possible pour rester informé de l'évolution de la situation et secourir les otages.

C'est avec le plus profond regret que nous avons appris la présence parmi les victimes de Japonais innocents, qui œuvraient en première ligne dans différentes parties du monde. Je ne peux m'empêcher de ressentir une infinie tristesse en songeant aux familles qu'ils ont laissées derrière eux.

Ces actes odieux qui frappent des citoyens innocents sont impardonnables et c'est avec la plus grande fermeté que le Japon condamne cette attaque. Nous allons analyser l'ensemble des éléments concernant cette affaire et nous sommes résolus à protéger la vie et les biens de nos concitoyens. Je tiens à vous exprimer aujourd'hui ma détermination à poursuivre notre engagement avec l'ensemble de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme.

(Introduction) :

Suite au vote populaire lors des dernières élections générales de la fin 2012, le Parti Libéral Démocrate et le Nouveau Komeito ont formé un gouvernement de coalition et j'ai été désigné pour devenir le 96ème Premier ministre du Japon.

J'ai connu il y a quelques années un échec politique majeur puisque j'ai dû démissionner de mon poste de Premier ministre pour raisons de santé. En acceptant à nouveau la grande responsabilité de prendre les rênes du pays, je fais la promesse de remplir ma tâche avec sincérité, en tirant les leçons du passé et en gardant à l'esprit l'importance d'un dialogue respectueux.

Ma détermination à me consacrer de nouveau au bien de la Nation et du peuple japonais trouve sa source dans mon profond sentiment patriotique. Je suis convaincu qu'il est de mon devoir de faire tout mon possible pour que le Japon sorte de la situation difficile qu'il connait aujourd'hui.

L'économie japonaise est en crise. Nous ne sommes pas parvenus à sortir du marasme causé par la déflation et la hausse du yen, alors que le revenu national aurait perdu la somme colossale de 50 000 milliards de yens et que les entreprises japonaises perdaient en compétitivité. Quel que soit l'acharnement qu'ils mettent dans leur travail le quotidien des Japonais ne s'améliore pas.

Il y a les difficultés que rencontre la reconstruction après le Grand séisme de l'Est du Japon, qui progresse avec lenteur alors que près de 320 000 personnes ne peuvent toujours pas retourner dans leurs foyers.

Il y a une crise diplomatique et sécuritaire. Les bases de notre politique étrangère sont ébranlées et, comme si la fragilité de nos positions avaient été percue par certains, on assiste à des provocations répétées contre notre territoire intégrant terrestre, maritime et aérien, et contre notre souveraineté.

Et il y a une crise de l'éducation. Les affaires de harcèlement (ijime en japonais NdT) se succèdent chez les jeunes qui représentent l'avenir de notre pays. Dans le même temps, ils sont de moins en moins nombreux à éprouver de la fierté vis-à-vis du passé du Japon et de ses traditions et l'on redoute une baisse du niveau scolaire, alors qu'il devrait figurer parmi les plus élevés au monde.

Nous ne pouvons pas rester sans rien faire.

Mesdames et messieurs les parlementaires, le moment n'est-il pas venu de construire une société sincère où les gens sont assurés que leurs efforts seront récompensés et où il est possible d'entretenir des rêves et des aspirations pour l'avenir ?

Dans ce but, nous devons tout faire pour surmonter les diverses crises qui menacent l'avenir du pays.

Durant les quelques trois ans que nous avons passés dans l'opposition, nous avons parcouru l'ensemble du pays pour recueillir l'avis des citoyens japonais, et élaboré une vision des orientations politiques que nous devrions prendre. Maintenant que nous sommes redevenus la majorité au pouvoir, nous allons mettre en place les mesures que nous avons préparées ces dernières années et nous accompagnerons nos concitoyens pour faire face aux crises actuelles.

Lors de la formation de mon gouvernement, j'ai donné comme instruction à l'ensemble des ministres de consacrer tous leurs efforts à la revitalisation de l'économie, à la reconstruction suite au Grand séisme de l'Est du Japon et à la gestion des crises. Surmonter ces difficultés est une tâche qui incombe à l'ensemble des membres de mon gouvernement.

Cette tâche relève également de la responsabilité de tous les parlementaires impliqués dans la gestion du pays, qu'ils soient de la majorité ou de l'opposition.

J'en appelle à tous les parlementaires présents dans cet hémicycle. Ne devons-nous pas mobiliser notre sagesse et développer au maximum toutes les forces de la Nation pour montrer la volonté ferme de l'Etat de vaincre les crises ? J'espère ardemment que l'ensemble des partis et des groupes parlementaires nous apporteront leur soutien et leur collaboration.

(Revitalisation de l'économie japonaise)

La tâche la plus importante et la plus urgente est la revitalisation de l'économie japonaise.

Quelle est la raison qui fait que je porte une attention toute particulière à la revitalisation de l'économie japonaise parmi les nombreux défis auxquels fait face le Japon ? Je considère qu'une déflation et une appréciation du yen durables ébranlent le fondement sur lesquels repose la confiance dans notre société, à savoir que « la récompense va à celui qui est dur au labeur».

Le Gouvernement aura beau procéder à une redistribution des revenus, s'il ne parvient pas à produire des richesses à travers une croissance durable, la taille de l'économie du Japon elle-même ne cessera de diminuer. Si cela devait se produire, les revenus de chacun ne feraient que diminuer malgré tous leurs efforts. Cela pourrait déstabiliser le système de protection sociale, qui sert de base à la confiance de nos compatriotes.

Il n'est pas possible d'endiguer la déflation et l'appréciation du yen en recourant aux méthodes utilisées jusqu'à présent. C'est pourquoi je propose un ensemble de mesures audacieuses en complète rupture avec ce qui a été fait jusqu'à maintenant. Soyons résolus à rétablir une « économie solide ».

J'ai d'ores et déjà créé les «Quartiers généraux de la relance économique du Japon », véritable tour de contrôle de la revitalisation de l'économie, et rétabli le « Conseil sur l'économie et la politique des finances publiques ». En utilisant ces structures à leur maximum, je poursuivrai la revitalisation de l'économie japonaise autour des « trois flèches »: une politique monétaire audacieuse, une politique de finance publique souple et une stratégie de croissance visant à accélerer les investissements privés.

Sur la question de la politique monétaire, mon gouvernement a signé avec la Banque du Japon une déclaration conjointe visant à une révision audacieuse du cadre politique actuel. Il est important que le gouvernement et la Banque du Japon s'attachent à appliquer fidèlement le contenu de cette déclaration conjointe dans le cadre de leurs responsabilités respectives, y compris l'objectif d'inflation de 2% que la Banque du Japon devra atteindre le plus rapidement possible. Dans ce but, nous nous engagerons vers une collaboration plus étroite entre le gouvernement et la Banque du Japon.

En outre, nous soutiendrons la conjoncture économique et renforcerons nos capacités de croissance grâce à de nouvelles « mesures économiques d'urgence ». Le projet de budget supplémentaire que nous présenterons dans les jours prochains servira à soutenir ces mesures. Il comprendra des mesures budgétaires audacieuses qui donneront la priorité à trois domaines en particulier : la reconstruction et la prévention contre les catastrophes naturelles, la création de richesses par la croissance ainsi que la garantie de leur quotidien et la dynamisation de l'économie locale. Je demande à chaque parti et à chaque groupe parlementaire de nous apporter leur soutien et leur coopération pour que ce budget supplémentaire soit adopté et appliqué rapidement.

D'autre part, il est impossible de recourir indéfiniment à la dépense publique. Nous allons proposer puis mettre en place une stratégie de croissance pour augmenter durablement l'investissement privé et la consommation.

Les cellules souches pluripotentes induites (IPS), une des grandes découvertes de ce siècle, commencent à faire l'objet d'essais cliniques pour développer de nouveaux médicaments et de nouveaux traitements. Une fois leur mise en application effective, elles contribueront non seulement à la mise en place d'une « société où les gens vivent longtemps et en bonne santé », mais favoriseront également la création de nouvelles richesses et d'emplois. En contribuant à relever les défis de la société, l'innovation et les réformes institutionnelles favoriseront l'émergence de davantage de valeur dans notre quotidien et constituera un moteur de la relance économique.

Il est essentiel de faire preuve d'audace pour s'aventurer dans des territoires inconnus. Mesdames et messieurs les parlementaires, aujourd'hui plus que jamais nous devons aspirer à devenir les meilleurs du monde.

Nous voulons bâtir une société qui attire les investissements et les personnes de talent des quatre coins du monde. Une société où tous s'épanouissent, jeunes comme vieux, sans considération d'âge ou de handicap, et peuvent se voir donner une chance à maintes reprises. Une société où les femmes qui travaillent peuvent poursuivre leur carrière, où les hommes comme les femmes peuvent facilement concilier vie professionnelle et vie familiale. Une société qui encourage le dynamisme des petites et moyennes entreprises et des petits entrepreneurs. Une société enrichie par les charmes propres à chaque région et où les ressources abondantes des communautés agricoles, montagnardes et de pêche alimentent la croissance. En associant ce « modèle de société » que nous aspirons à créer à une stratégie de croissance fiable, il ne fait aucun doute que nous retrouverons une « économie solide ».

Dans le même temps, nous visons à dégager un solde primaire excédentaire en vue d'un assainissement des finances publiques à moyen et long terme.

(Reconstruction après le Grand séisme de l'Est du Japon)

Les régions touchées par le Grand séisme de l'Est du Japon doivent affronter pour la deuxième fois les rigueurs de l'hiver. Immédiatement après ma nomination au poste de Premier ministre, c'est sans hésitation que j'ai choisi Fukushima comme destination pour mon premier déplacement en province. Plus récemment, je suis allé à Miyagi, et je souhaite autant que possible me rendre à nouveau sur place dans l'avenir.

Lorsque je pense aux régions sinistrées, je ne peux m'empêcher de me remémorer ce qui est arrivé à une petite fille et sa famille. Cette petite fille, qui était à l'époque élève en classe de CE2, a perdu sa mère et son arrière-grand-mère lors du Grand séisme de l'Est du Japon. Deux mois après le drame, une lettre est arrivée pour cette famille toujours plongée dans le chagrin. C'était une « lettre du futur » qui avait été écrite en secret deux ans plus tôt par la mère de cette petite fille, au moment où cette dernière entrait à l'école primaire.

La lettre, qui commençait par l'évocation de certains moments difficiles survenus lors de cette rentrée des classes, continuait en ces termes : « Je suis tellement rassurée de te voir aller à l'école avec entrain. Je te promets de faire de mon mieux en tant que maman, et j'ai hâte que nous lisions cette lettre ensenble ».

C'est à l'occasion d'une visite dans les régions sinistrées que j'ai rencontré la petite fille en question. Lorsque nous nous sommes revus plus récemment, elle a déclaré en me regardant droit dans les yeux : « Je voudrais que vous construisiez une nouvelle école ». J'ai été très ému de voir qu'elle était pleine d'espoir pour l'avenir et ne se laissait pas abattre par le passé.

La reconstruction a pour but de redonner le désir de vivre aux personnes originaires des régions sinistrées, et de faire renaître le sourire sur le visage de tous ceux qui doivent déployer chaque jour de nombreux efforts pour vivre. Il me semble que c'est seulement ainsi que nous pourrons rassurer les victimes du 11 mars 2011 qui nous regardent depuis le ciel et espèrent nous voir sourire à nouveau.

Cependant, la reconstruction ne se fera pas avec de simples mots. Notre première action sera d'opérer une réorganisation complète du mode de fonctionnement du gouvernement. Nous allons mettre un terme au système administratif actuel qui est segmenté verticalement et confier à l'Agence pour la reconstruction le traitement de toutes les demandes, en nous concentrant sur celles émanant du terrain. Des mesures budgétaires énergiques seront mises en place dans le cadre du budget supplémentaire afin d'accélérer la reconstruction des zones sinistrées et la renaissance de Fukushima.

(Relations internationales et Sécurité)

Il est également urgent d'opérer un rétablissement fondamental de nos politiques diplomatiques et de sécurité.

Avant tout, nous devons renforcer ce qui en constitue le pilier, à savoir notre alliance avec les Etats-Unis, et restaurer pleinement les liens qui unissent nos deux pays. À l'occasion du sommet bilatéral qui aura lieu lors de la troisième semaine de février, je tiens à démontrer au Japon ainsi qu'à la communauté internationale que l'alliance qui lie étroitement les Etats-Unis et le Japon a retrouvé son niveau d'autrefois. En parallèle, je consacrerai tous mes efforts pour soulager les fardeaux qui pèsent sur Okinawa, avec comme priorité le transfert de la base aérienne de Futenma.

La nature même de la diplomatie n'est pas de se concentrer sur les seules relations bilatérales avec les pays voisins, mais de développer une vision d'ensemble du monde, comme lorsqu'on regarde une mappemonde, permettant d'élaborer une diplomatie stratégique basée sur les valeurs fondamentales comme la liberté, la démocratie, les droits de l'homme et l'État de droit.

Le Japon souhaite jouer un rôle de premier plan dans la région Asie-Pacifique, dont la croissance va encore augmenter, et apporter sa contribution non seulement dans le domaine économique, mais également dans d'autres secteurs comme la sécurité et les échanges culturels ou entre peuples.

Cette année marque le 40ème anniversaire de l'amitié et de la coopération entre l'ASEAN et le Japon. Je me suis rendu récemment au Viêt Nam, en Thaïlande et en Indonésie, et j'ai pu sentir à nouveau l'attente considérable que ces trois pays placent dans le Japon. Le renforcement des relations entre le Japon et l'ASEAN, berceau de la croissance et qui œuvre pour la création en 2015 de la Communauté de l'ASEAN, est indispensable pour la paix et la prospérité de la région. Un tel objectif est également dans l'intérêt du Japon. Comme je l'ai démontré avec ces visites, je souhaite poursuivre mes efforts pour développer une diplomatie stratégique tenant compte de la situation internationale dans sa globalité.

Le Japon doit actuellement faire face à un contexte de plus en plus difficile, c'est pourquoi je m'engage ici à tout mettre en œuvre pour assurer le bon développement et la gestion des îles, même lointaines, qui constituent nos frontières, et renforcer leur sécurité. Le gouvernement déclare sa détermination à consacrer tous ses efforts à la défense de la vie et des intérêts des citoyens japonais, ainsi que de notre territoire, nos eaux territoriales et notre espace aérien.

Par ailleurs, la récente attaque terroriste survenue en Algérie nous a douloureusement rappelé à quel point la gestion de crise est un enjeu important pour toute nation. Nous allons exercer une vigilance accrue, 24h/24 et 365 jours par an, pour pouvoir parer à toute situation de crise, comme les attaques terroristes et cyberterroristes, mais aussi les catastrophes naturelles de grande ampleur et les accidents majeurs.

Enfin, plus que tout, la résolution de la question des enlèvements de ressortissants japonais par la Corée du Nord est d'une importance cruciale. Ma mission prendra fin seulement le jour où toutes les familles des victimes d'enlèvement pourront enfin serrer leurs proches dans leurs bras. Tout en poursuivant la politique de « dialogue et pression » vis-à-vis de la Corée du Nord, je ferai de mon mieux pour mener à bien les trois objectifs suivants : assurer la sécurité et le retour au Japon immédiat de toutes les personnes enlevées, découvrir la vérité sur ces enlèvements et enfin obtenir l'extradition des responsables de ces actes.

(Conclusion)

La plus grande crise qui menace le Japon est la perte de confiance des citoyens japonais. Il est vrai que le contexte économique est particulièrement difficile, et qu'il ne s'agit malheureusement pas d'un problème qui peut être résolu du jour au lendemain.

Pourtant, ni les personnes, ni les pays ne peuvent s'assurer un avenir meilleur s'ils perdent la volonté de se battre pour se relever. Dans le Japon dévasté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'ancien Premier ministre Hitoshi ASHIDA a déclaré aux jeunes gens qui s'inquiétaient du futur : « Il ne faut pas demander aux autres ce qu'il adviendra, la seule solution est de forger l'avenir de ses propres mains ».

À tous les Japonais qui écoutent mon discours, je souhaite dire ceci : l'important est de reprendre confiance et d'être fiers de nous. Chacun d'entre nous, tout comme le Japon, doit trouver en soi la force qui sommeille, la force qui lui permettra de progresser. Nous devons faire front, forts de cette pensée, pour contrer la crise actuelle et partager la même détermination d'inaugurer un avenir meilleur.

Personne ne peut donner naissance à un « Japon fort » à notre place. Nous sommes les seuls à pouvoir y arriver.

Je vous remercie de votre attention.

FIN


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