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Allocution de Monsieur l’Ambassadeur IIMURA à l’occasion du Premier Symposium international de l’IHEDN « Tendances stratégiques en Asie de l’Est » le jeudi 13 novembre 2008

Monsieur le Président,
Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis très honoré d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de ce symposium sur l’Asie de l’Est organisé à l’IHEDN. Cette rencontre est née des discussions avec M. Olivier DARRASON, Président du conseil d’administration de l’IHEDN, et M. Jusuf WANANDI, fondateur du Centre indonésien d’Études Internationales et Stratégiques et également propriétaire du Jakarta Post, seul journal indonésien de langue anglaise. Je tiens donc tout d’abord à leur exprimer mes remerciements les plus sincères pour leurs efforts sans lesquels ce symposium n’aurait pu avoir lieu. Je voudrais également rendre hommage à tous les participants, à toute l’équipe de l’IHEDN ainsi qu’au mécène qui a contribué à la réalisation de ce projet.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
L’Asie connaît une mutation profonde sur les plans économique, social, politique voire sécuritaire. Il n’est donc pas facile de parler de l’Asie de l’Est avec exactitude d’autant plus qu’il s’agit d’une région infiniment diversifiée. Elle forme un véritable caléidoscope de pays qui diffèrent par la culture, l’histoire, le système politique ou encore le développement économique. Néanmoins, on constate surtout dans la dernière décennie qu’il y a une certaine prise de conscience parmi les pays de la région de l’appartenance à l’Asie de l’Est et de l’importance d’un renforcement de la coopération régionale. Pour que l’Europe, notamment les pays majeurs comme la France, continue à être un des acteurs sur la scène politique et économique internationale, il me paraît nécessaire pour elle d’identifier la dynamique qui sous-tend les évolutions régionales et de mener une politique asiatique qui tiendrait compte des changements que connait l’ensemble de la région.
D’autre part, les pays asiatiques ignorent parfois la volonté politique européenne de trouver une voix commune. Récemment, cette volonté a été clairement montrée par les nombreuses initiatives et le volontarisme du Président SARKOZY en faveur d’une politique unie de la part des 27 face au conflit en Géorgie et à la crise financière.
La compréhension mutuelle s’impose à nous tous. Mais l’objectif de ce symposium d’aujourd’hui est surtout de discuter des tendances stratégiques en Asie de l’Est et, si possible, de trouver des domaines de coopération. Dans cette optique, je voudrais évoquer 4 points qui pourraient être abordés aujourd’hui.

Premièrement, l’économie. L’Asie de l’Est est devenue l’un des piliers de l’économie internationale grâce à la croissance dynamique de ces dernières années. Elle constitue, avec l’Europe, un des moteurs de la croissance mondiale à l’ère de la mondialisation. Egalement, en Asie de l’Est, on constate un processus rapide d’intégration régionale. Avec les investissements et les transferts de technologies japonais, et avec la croissance de l’économie chinoise, la division du travail industriel, qui dépasse largement le cadre national, est en progrès. A l’heure actuelle, 55% des échanges commerciaux de l’Asie de l’Est sont réalisés au sein de la région. Ces chiffres sont particulièrement éloquents si on les confronte aux 65% réalisés par l’Union Européenne où existent de nombreuses institutions chargées d’encourager le développement des échanges intérieurs. Cette réalité économique pousse les pays de la région à conclure entre eux de multiples accords bilatéraux de libre-échange et à mettre sur pied des mécanismes de coopération multilatéraux comme le processus des Sommets Est-Asiatiques, l’ASEAN + 3 ou encore le Sommet Tripartite Japon-Chine-Corée du Sud.
Bien évidemment, la crise économique et financière actuelle commence à avoir des répercussions sérieuses et importantes sur les économies réelles de la région, bien que les secteurs bancaires des pays est-asiatiques soient moins affectés, jusqu’à maintenant, que ceux d’autres régions du monde. D’où la nécessité de prendre des mesures de stimulation. Après l’annonce faite par le Premier ministre du Japon d’un paquet d’environ 215 milliards d’euros, la Chine, à son tour, vient de décider d’une politique de relance équivalant à 458 milliards d’euros. Comme la déclaration à l’issue du Sommet de l’ASEM le montre, l’Europe et l’Asie doivent œuvrer ensemble pour reconstruire le système financier international et pour relancer l’économie mondiale avec leurs poids économiques respectifs.

Le deuxième point est l’évolution de l’équilibre stratégique en Asie. Il est important de rester attentif aux mutations politico-stratégiques provoquées par la montée en puissance de la Chine et de l’Inde. Comme de nombreux politologues l’ont déjà fait observer, lorsqu’une nouvelle puissance émerge, cela provoque inévitablement des réajustements au niveau des relations internationales, surtout dans les régions limitrophes. L’Asie de l’Est est donc à la recherche d’un nouvel équilibre politique puisque le système de coopération internationale ne peut se construire que sur un équilibre politique stable. On peut dire que l’avenir de la région dépendra grandement des liens qui seront instaurés entre ces deux pays, les États-Unis et le Japon et surtout du rôle que la Chine souhaite jouer. Dans ces jeux stratégiques entre les puissances, il est primordiale que l’ASEAN continue à jouer un rôle constructif en tant que, si j’ose dire, accoucheur de la paix et de la prospérité régionales. L’Europe aussi peut s’engager pour que la stabilité de la région soit assurée.

Troisième point : il reste en Asie plusieurs éléments potentiellement déstabilisateurs, qui nécessiteront une forte implication des pays concernés pour être résolus. L’exemple le plus notable est celui du programme nucléaire nord – coréen et de l’avenir de son régime dictatorial. Le programme nucléaire de la Corée du Nord, au même titre que celui de l’Iran, constitue une menace pour le régime de non–prolifération nucléaire dans le monde. La question de l’avenir du pouvoir à Pyongyang constitue quant à elle une véritable épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. La péninsule coréenne est une zone où s’enchevêtrent les intérêts de plusieurs grands pays et, dans ce sens, elle a une importance stratégique pour la stabilité du monde. La communauté internationale devra faire tous ses efforts pour que la transition se fasse en douceur.

Le dernier point. La croissance économique de l’Asie de l’Est influence de différentes manières la vie politique et les sociétés de chaque pays dans la région. Je souhaite donc, pour terminer, présenter quelques-uns des aspects qui pourraient influencer d’une manière significative l’ensemble de la communauté internationale.

Premièrement, les problèmes environnementaux, en particulier celui du réchauffement climatique. La Chine est aujourd’hui le plus important pays émetteur de CO2. Nous devons par conséquent faire en sorte d’inclure la Chine, l’Inde ainsi que les autres pays asiatiques dans le régime international post – Kyôto.

Deuxièmement, le développement économique a entraîné l’apparition de nouvelles classes moyennes et créé la possibilité d’une mutation des systèmes politiques. Surtout, il apparaît de moins en moins facile d’avoir à la fois un système non-démocratique et une économie de marché puisque, sur le long terme, le principal moteur du développement économique ne peut qu’être l’initiative individuelle. Les évolutions politiques en Asie de l’Est, surtout dans les principaux pays, pourraient avoir des implications internationales.

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
Voilà quelques raisons pour lesquelles une vision approfondie de l’Asie de l’Est est nécessaire. Une journée sera loin d’être suffisante pour appréhender l’Asie de l’Est. Cependant, suite aux discussions politiques du Sommet de l’ASEM à Pékin, il est tout à fait significatif de voir s’ouvrir cette rencontre de, excusez-moi de le dire en anglais, « second track », par la réunion de nombreux spécialistes reconnus d’Asie et d’Europe. Cela permettra, j’en suis convaincu, d’amplifier le dialogue entre l’Asie de l’Est et l’Europe.

Merci de votre attention.


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