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Allocution prononcée par Monsieur l’Ambassadeur IIMURA le 23 mai 2008 à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lors de la Journée de Célébration à l’occasion du 150è anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et la France

Monsieur le Chancelier,
Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi d’être parmi vous aujourd’hui au cœur de ce prestigieux Institut et je vous suis particulièrement reconnaissant d’avoir bien voulu m’inviter à participer à la Journée de célébration à l’occasion du 150ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et la France. J’aimerais remercier très sincèrement Monsieur Gabriel de BROGLIE, Chancelier de l’Institut de France, et Monsieur Jean LECLANT, Secrétaire Perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Je voudrais rendre hommage aussi au Professeur Jean-Noël ROBERT pour l’organisation de ce symposium. Je me plais à rappeler que le Professeur Jean-Noël ROBERT a été élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres au fauteuil du Professeur Bernard FRANK dont je tiens à saluer la mémoire en cette circonstance.

La conception d’un symposium consacré au Japon dans cette enceinte si prestigieuse, riche d’une histoire et de traditions, haut lieu du monde savant où, selon les termes d’Ernest Renan «tous les efforts de l’esprit humain sont comme liés en un faisceau », me procure une immense satisfaction et je suis particulièrement honoré de prendre la parole ici même en ma qualité de représentant du Japon en France.

A partir du milieu du 19ème siècle, la France et le Japon ont commencé à nouer des liens étroits. Sous la pression des puissances occidentales alors en pleine expansion, le Japon a dû abandonner la politique de fermeture aux étrangers entretenue pendant 220 ans et ouvrir ses ports au commerce international. En 1858, le Shogunat a conclu des traités d’amitié et de commerce avec quatre grandes nations européennes -parmi lesquelles la France- et les Etats-Unis. Il s’agissait d’accords comportant des clauses inégales typiques de cette époque de colonialisme. Par exemple, alors que les Français jouissaient de l’exterritorialité sur le sol nippon, le Japon, lui, fut contraint de renoncer à fixer librement ses taxes douanières. Il a fallu 50 ans de négociations longues et difficiles pour que ces points soient révisés et les clauses inégalitaires amendées. Toutefois, en signant ce traité, le Japon profitait de cette ouverture pour entamer sa propre modernisation, et parvenait à préserver son indépendance.

Le Japon s’est fortement inspiré de la France dans de nombreux domaines, dont celui de la pensée politique, du code civil, du système militaire et de l’industrie. Trois Français sont particulièrement connus pour leur apport considérable au projet de modernisation du Japon. Il s’agit de l’ingénieur François Léonce VERNY, polytechnicien, qui prit part à la construction et à la gestion du chantier naval de Yokosuka, de Paul BRUNAT qui conseilla et dirigea la construction et les débuts de l’activité de la filature de Tomioka, la première du Japon à être équipée de métiers mécaniques, et enfin de Gustave-Emile BOISSONADE de FONTARABIE, juriste éminent, qui participa à l’élaboration des nouveaux codes du Japon et notamment du code civil.
On pourrait également citer le Ministre ROCHES qui aida à la formation des trois corps de l’armée de terre japonaise (l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie) ainsi que les Frères FLORENT, ingénieurs des Ponts et Chaussées originaires de Quimper, qui se rendirent au Japon pour construire plusieurs phares dans la baie de Tokyo. Sans le concours de la France, la modernisation du Japon n’aurait sans doute pas été la même.

La France a eu sur le Japon, je viens de l’évoquer, un ascendant déterminant. A l’inverse, le Japon a exercé certaines influences sur la France. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le « Japonisme » a gagné les milieux artistiques français et a contribué au développement de l’Impressionnisme. La collection des estampes japonaises ou les ponts japonais de Giverny révèlent l’admiration de Monet pour le Japon. De même chez Van Gogh dont la célèbre toile Père Tanguy laisse apparaître une série d’estampes japonaises en arrière plan. On sait que pour certains de leurs tableaux, les peintres Degas et Gauguin ont adopté les postures de personnages figurant dans le recueil de dessins « La Manga » de Hokusai. Le « Japonisme » a touché aussi les arts décoratifs et notamment le mouvement « Art nouveau ».
Plus récemment, dans un autre domaine, les arts martiaux, la France, avec environ 600 000 licenciés en judo, se place dans cette discipline en numéro un mondial s’agissant du nombre de pratiquants, dépassant largement le Japon.
La nouvelle cuisine a été influencée par la cuisine japonaise dès les années 70, aujourd’hui la cuisine japonaise semble faire partie des habitudes alimentaires de bon nombre de Français.
Par ailleurs, ces dernières années, on peut constater la croissance de l’intérêt des jeunes Français pour la culture pop japonaise et un véritable engouement pour le cinéma d’animation ou les mangas notamment.

Il me semble que tous ces phénomènes démontrent la capacité exceptionnelle de la France et des Français à intégrer d’autres cultures dans la leur.
Le Japon a beaucoup reçu de la France, et la France a beaucoup reçu du Japon. Je pense que l’un et l’autre pays peuvent se prévaloir d’être des modèles dans la compréhension d’autres cultures qui appartiennent à d’autres civilisations. Je pense que cette capacité de compréhension est essentielle dans la mondialisation aujourd’hui.

Lorsque j’évoque la mondialisation, il me revient le discours prononcé par le Président CHIRAC lors de sa visite en Argentine en 1997. Evoquant la « mondialisation », il disait, je le cite : « La mondialisation est à la fois une chance et un risque ». Il ajoutait que la mondialisation risque de privilégier un monde uniculturel, unilinguistique et que cela peut aboutir à une dramatique décadence de la culture de l’humanité. Personnellement je partage entièrement cet avis. Dix ans nous séparent de ce discours et je ne peux m’empêcher de penser que le risque de perdre l’identité culturelle dans la mondialisation est de plus en plus grand. Il y a une tendance très forte à l’uniformisation de la culture et je crois que ceux qui n’acceptent pas cette uniformisation sont touchés par un sentiment de fragilité. Nous, Japonais, éprouvons ce sentiment. Peut-être que vous, Français, l’éprouvez également.

Qu’est-il nécessaire de faire aujourd’hui afin de préserver la diversité culturelle tout en évitant le retour à un nationalisme en réaction à ce sentiment de fragilité ? Il me semble qu’il faut tout d’abord rester attaché à sa propre culture qui est la base de l’identité de chacun. En même temps, il faut s’ouvrir et aller ver les autres, c’est-à-dire s’efforcer de leur faire comprendre sa propre culture et développer une capacité à comprendre les autres.

Comme vous le savez, l’année 2008 marque le 150ème anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France. Plus de 500 manifestations présentant la culture japonaise sont organisées en France. De nombreux événements culturels français sont aussi prévus au Japon. A mon sens, chacun de ces événements est un acte d’ouverture aux autres et la marque des efforts accomplis en vue d’obtenir en retour la compréhension des autres. Beaucoup de Français et de Japonais ont déjà participé à ces événements. Cela prouve que nos deux peuples ont gardé un esprit d’ouverture et une capacité de compréhension à l’égard d’autres cultures. Je suis convaincu qu’il faut poursuivre cet effort afin de contribuer au maintien de la diversité culturelle au sein du « village planétaire ». Je reste persuadé que, pour relever ce défi qui concerne l’humanité tout entière au cours du 21ème siècle, la France et le Japon forment deux nations clés dont les peuples sauront participer à cette diversité tout en assurant un dialogue entre les différentes Cultures et les différentes Civilisations.

Paul Valéry disait : « Nous entrons dans l’avenir à reculons ». Je souhaite que cette journée de célébration contribue à forger un futur meilleur pour les prochaines années en ayant à l’esprit ces 150 années passées riches d’échanges et d’amitiés.

Je vous remercie de votre attention.


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