Actualité de l'AmbassadeActualité de l'Ambassade

Allocution de Monsieur l’Ambassadeur IIMURA à l’occasion du symposium de l’IFRI sur les relations franco-japonaises, le jeudi 18 décembre 2008 « Vers un partenariat franco-japonais renouvelé »

1.Je suis très honoré d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de ce symposium sur les relations franco-japonaises organisé par l’IFRI. Je tiens tout d’abord à exprimer mes remerciements les plus sincères au directeur-général de l’IFRI, Monsieur de Montbrial, pour l’intérêt particulier qu’il attache au partenariat entre nos deux pays. Je voudrais également rendre hommage à tous les participants, à toute l’équipe de l’IFRI, ainsi qu’aux mécènes qui ont contribué à la réalisation de ce colloque.

2. En accord avec le thème de ce symposium, je souhaiterais aujourd’hui vous exposer les raisons pour lesquelles la France et le Japon doivent développer leur partenariat pour aborder le monde du 21ème siècle.

(1) Je vous propose, d’abord, de nous pencher sur l’histoire des relations franco-japonaises. Les relations officielles entre la France et le Japon ont commencé il y a 150 ans. En signant des traités de paix, d’amitié et de commerce avec les cinq principales puissances occidentales, dont la France, le Japon sous le shogunat de Tokugawa mit fin à 220 ans de politique de fermeture du pays et entama son processus de modernisation pour préserver l’indépendance nationale. Au cours de ce processus, le Japon s’est fortement inspiré de la France dans de nombreux domaines, dont celui des arts, de la philosophie, de la pensée politique, du code civil, du système militaire et de l’industrie. Sans le concours de la France, la modernisation du Japon n’aurait sans doute pas été la même. A l’inverse, le Japon a contribué à l’enrichissement de la culture française, même si ce fut de façon modeste. Il est bien connus que le japonisme fut l’expression concrète de la profonde influence qu’eut le Japon sur l’art français de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle.

De nos jours, les relations bilatérales sont devenues à la fois plus intenses et plus équilibrées. Au niveau des investissements directs, la France est le troisième partenaire du Japon, après les Etats-Unis et les Pays-Bas. Inversement, le Japon est le deuxième partenaire non-européen de la France après les Etats-Unis. Il existe de nombreux exemples de coopérations fructueuses entre des entreprises françaises et japonaises, tels que l’alliance Renault-Nissan ou encore la fusion des constructeurs de roulements à bille NTN et SNR. Dans le secteur des sciences et de la technologie, la coopération nucléaire est un exemple remarquable de cette proximité, comme le montre le projet-phare de la construction de l’usine de retraitement dans le nord du Japon. Dans le domaine de la culture, les échanges franco-japonais se sont également développés, non seulement dans les arts traditionnels, mais aussi au niveau de la cuisine, de la culture pop et de l’architecture.

(2) J’aimerais néanmoins souligner la nécessité de donner un nouvel élan aux relations bilatérales entre nos deux pays. Malgré le développement de liens que nous avons pu observer durant les dernières décennies, nos relations ne sont pas encore à la hauteur des espérances, si l’on considère le poids économique et politique de ces deux grandes nations sur la scène internationale.

Notons également que la France et le Japon font face aux défis communs. La mondialisation a apporté beaucoup de richesse aux êtres humains, mais également de nombreux problèmes, de nombreuses sources de conflits et de nombreuses contradictions à l’échelle mondiale. Ainsi, l’actuelle crise financière, l’accroissement de la pauvreté en Afrique, le changement climatique, entre autres, ont fait leur apparition. C’est pour faire face à ces problèmes que la France et le Japon doivent d’avantage renforcer leur coopération. Une telle coopération représenterait un avantage non seulement pour nos deux pays, mais aussi, si j’ose dire, pour le monde entier.

(3) Ainsi, je souhaiterais présenter cinq points sur lesquels la France et le Japon se rapprochent, et qui pourraient constituer une base solide pour un futur affermissement de la coopération entre nos deux pays.
(i) Premièrement, la France et le Japon partagent certaines valeurs fondamentales, à savoir la démocratie et la protection des droits de l’homme. Nos deux pays attachent également une importance primordiale à la sauvegarde de la diversité culturelle dans un monde de plus en plus globalisé et uniformisé. Afin de créer un monde nouveau et de répondre aux aspirations de chacun, il est essentiel de se baser sur ces valeurs fondamentales.
(ii) Deuxièmement, la France et le Japon partagent l’idée que le système économique mondial et national doit reposer sur l’équilibre entre régulations et libre concurrence. Ainsi, nos deux pays sont préoccupés par la tendance, favorisée par le système actuel, de rechercher des bénéfices à court terme, qui a poussé à la spéculation et à l’accélération des mouvements financiers. Au niveau des entreprises, nos deux pays soutiennent le secteur manufacturier et favorisent une gestion privilégiant les bénéfices à long terme, l’innovation technologique ainsi que la formation des ressources humaines.
(iii) Troisièmement, la France et le Japon, tous deux pays promoteurs d’une politique à la fois modérée et constructive, considèrent comme vitale la stabilité et la paix dans le monde. L’objectif de nos deux pays n’est pas de changer radicalement les cadres existants. Réformateurs mais réalistes, la France et le Japon sont déterminés à contribuer à la résolution de problèmes d’ampleur mondiale, tels que l’environnement, la pauvreté en Afrique, et la non-prolifération nucléaire.
(iv) Quatrièmement, en tant que pays démocratiques développés, le Japon et la France font face aux mêmes problèmes chez eux. Nos pays doivent notamment relever le défi majeur que représente la mondialisation ; réformer nos institutions économiques et sociales afin de les adapter aux demandes de notre temps. Entre autres, le vieillissement de la population, la difficulté à maintenir l’actuel système de sécurité sociale universelle et la fracture sociale sont des problèmes communs auxquels nos deux pays, ainsi que tous les autres pays développés, sont confrontés.

3. Voilà donc un dialogue et une coopération renforcés et multipliés s’imposent à nous. Il est de mon avis qu’après les deux grandes périodes qu’ont connues les relations franco-japonaises, à savoir la période de modernisation du Japon puis la période d’équilibrage et d’intensification de ses relations au cours des années 80 et 90, nous entrons à présent dans une « troisième période », celle d’un partenariat renforcé sur le plan des défis globaux. J’espère que ce symposium sera, à cet égard, l’occasion de présenter des idées concrètes sur l’avenir des relations entre nos deux pays.

L’année 2008 qui s’achèvera bientôt célèbre le 150ème anniversaire des relations franco-japonaises ; plus de 700 manifestations culturelles et symposiums ont été organisés dans toute la France pour commémorer cet événement, contribuant ainsi au développement de la compréhension mutuelle. De nombreux accords ont été conclus durant cette année, notamment pour renforcer la coopération dans le domaine du commerce, des investissements, des pôles de compétitivité et de la science et de la technologie. Suivant sa participation au sommet du G8 de Toyako, le Président SARKOZY est de nouveau attendu au Japon l’année prochaine. Nous souhaitons que ces multiples contacts constituent le point de départ qui permettra l’établissement d’un programme d’actions sur le moyen et le long terme, et relancera l’ensemble des liens de coopération entre nos deux pays.

Je vous remercie pour votre attention.


barre de menu gauche
  • 2016
  • 2015
  • 2014
  • 2013
  • 2012
  • 2011
  • 2010
  • 2009
  • 2008
  • 2007