Discours de politique générale de la Première ministre TAKAICHI à l’occasion de la 221e session parlementaire
2026/2/20
© Cabinet Public Affairs Office, Cabinet Secretariat
[…]
2. Puissance économique
(4) Investissements dans la gestion des crises : la sécurité économique
On assiste à l’émergence de coercitions économiques par des pays qui tentent ainsi d’imposer leurs revendications aux autres pays par un contrôle des produits de la chaîne d’approvisionnement amont, dont dépend le monde entier et qui est également largement utilisée dans la vie quotidienne. On voit également une exacerbation des rivalités dans le cyberespace ainsi que dans les espaces maritime et extra-atmosphérique, accentuant la nécessité pour le Japon de garantir son autonomie et son indispensabilité stratégiques.
En ayant recours aux fonds prévisionnels du budget 2025, nous procèderons à la restructuration de chaînes d’approvisionnement sans dépendance aucune à un pays en particulier, ainsi qu’à l’établissement de collaborations renforcés avec les pays affinitaires dans le but de sortir d’une telle dépendance.
Nous soutiendrons les opérations essentielles comme la mise en place de câbles sous-marins, favoriserons les activités maritimes qui participent à la sécurité économique, procèderons à un renforcement systémique des infrastructures de base, notamment dans le domaine médical, et œuvrerons à nous doter de groupes d’experts (think tanks) syncrétiques.
Afin d’accentuer l’analyse des investissements directs au Japon, je créerai un comité pour l’investissement étranger au Japon, version japonaise du « Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS) ».
(5) Investissements dans la gestion des crises : sécurité énergétique et des ressources, décarbonation et transition verte (GX)
(sécurité énergétique et des ressources)
Le secteur énergétique représente le fondement de la vie quotidienne de nos concitoyens et de l’activité industrielle du pays. Il est donc indispensable d’en garantir un approvisionnement stable et à bas coût, y compris sur le plan du renforcement de notre compétitivité en matière de relocalisation.
Du point de vue de la sécurité énergétique, il est nécessaire de continuer d’utiliser les technologies faiblement énergivores, tout en nous assurant de disposer d’énergies produites localement. Nous optimiserons l’emploi des énergies décarbonées tout en nous assurant de préserver la résilience de nos chaînes d’approvisionnement avec comme prérequis l’acceptation des régions et le respect de l’environnement.
En vue d’accélérer le redémarrage de réacteurs nucléaires dont la sûreté aura été garantie par la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire, nous agirons via une collaboration public-privé. Nous poursuivrons également le développement et l’installation de réacteurs de nouvelle génération sur les sites des centrales des énergéticiens munies de réacteurs dont le démantèlement aura été décidé.
S’agissant des énergies renouvelables, nous collaborerons avec nos alliés et des pays affinitaires pour doter le Japon d’une chaîne d’approvisionnement de cellule photovoltaïque en pérovskite et d’équipements de dernière génération pour utiliser l’énergie géothermique.
D’un autre côté, l’adoption de sources d’énergie décarbonée suppose de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ces dernières pouvant avoir un impact environnemental et représenter des risques sur le plan des chaînes d’approvisionnement. Concernant l’énergie solaire notamment, l’adoption et la régularisation d’une série de réglementations et de mécanismes se poursuivent, avec par exemple le renforcement du cadre réglementaire relatif à la sécurité des installations et de leur impact environnemental, la refonte du système des aides incitatives ou la création d’un mécanisme pour le recyclage des panneaux solaires hors d’usage.
Enfin, nous viserons à être les premiers à généraliser l’utilisation de l’énergie issue de la fusion nucléaire. De même, nous accélérerons nos initiatives destinées à la réalisation d’une économie de l’hydrogène, ainsi qu’en faveur du développement des ressources énergétiques et de leur recyclage. Nous accélèrerons notamment les opérations destinées à l’exploitation des terres rares présentes dans les fonds marins autour de l’île de Minamitori-shima.
(décarbonation et transition verte [GX])
Pour lutter contre l’enjeu global que représente le changement climatique, nous favoriserons les investissements audacieux pour la transition verte (GX), que nous associerons à une croissance décarbonée.
Nous favoriserons notamment les grappes industrielles dédiées à la transition verte (GX) et la « coordination Watt-Bit », formant ainsi de nouveaux pôles de compétitivité (clusters)
En outre, nous contribuerons à la décarbonation de l’Asie à travers le concept de communauté asiatique à zéro émission (AZEC), œuvrant ainsi en faveur de sa croissance potentielle.
[…]
4. Puissance diplomatique
Cette « économie forte » repose sur « une diplomatie et une politique sécuritaire fortes ».
Alors que la rivalité entre États s’accentue, se complexifie et devient récurrente, l’ordre international libre, ouvert et stable auquel nous étions accoutumés connait désormais de profonds bouleversements.
Dans ce contexte, le Japon est confronté à l’environnement sécuritaire le plus difficile et le plus complexe depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. La Chine accentue ses tentatives unilatérales de modifier la situation en mers de Chine orientale et méridionale par la force et la coercition. De même, elle renforce et multiplie les opérations militaires autour du Japon. Quant à la Corée du Nord, elle ne cesse de chercher à renforcer ses capacités nucléaires et balistiques.
L’agression de l’Ukraine par la Russie se poursuit toujours. La Corée du Nord a envoyé des soldats dans cette même Russie, faisant craindre qu’elle soit obtenue en retour de la Russie un transfert de technologies liées aux missiles balistiques. La Chine, pour sa part, est en train de renforcer sa collaboration militaire avec la Russie.
En outre, le champs diplomatique et sécuritaire s’étend désormais aux nouvelles sphères de l’espace extra-atmosphérique, du cyberespace ainsi qu’au domaine cognitif.
Face à cette situation, il est important que le Japon décide de lui-même de prendre son destin en main en se fixant un objectif à long terme et la direction à prendre. En choisissant de s’appuyer sur la politique étrangère et la politique sécuritaire pour avancer, le Japon se doit de jouer un rôle actif pour préserver son indépendance et la paix nationale, mener un monde marqué par la progression des divisions et de la confrontation sur la voie de l’ouverture et de la collaboration et faire en sorte que le Japon et la communauté internationale prospèrent ensemble.
Mon gouvernement met en place une « diplomatie d’un Japon responsable, faiseur de paix et de prospérité ».
Cette année, cela fera dix ans que feu le Premier ministre ABE Shinzo a lancé le concept d’un « Indopacifique libre et ouvert (FOIP) ». Si on considère les dernières évolutions - l’exacerbation des rivalités géopolitiques, les bonds technologiques dans le numérique et les systèmes d’intelligence artificielle, la rivalité pour la souveraineté numérique -, chaque pays a une plus grande obligation de renforcer son autonomie et sa résilience. Nous marquerons des avancées stratégiques dans les initiatives du FOIP : renforcement de la base économique (infrastructures numériques et résilience des chaînes d’approvisionnement de minerais critiques), création d’opportunités de croissance par des collaborations public-privé, aides au renforcement des capacités gouvernementales en matière de sécurité et de défense, élargissement des champs de collaboration en faveur de la paix et de la stabilité régionales par le biais d’une expansion de l’OSA (aide publique à la sécurité ) et de l’APD (aide publique au développement). Rendons l’Indo-Pacifique fort et prospère.
Le maintien et le développement du système de libre-échange fondé sur des règles est un des piliers de la diplomatie économique du Japon. Sur un plan stratégique, nous explorerons les possibilités de nouvelles collaborations avec les pays de l’ASEAN et de l’Union européenne dans le cadre du Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), avec l’objectif d’accroître le nombre de pays signataires et d’en faire évoluer le contenu, tout en préservant son niveau élevé.
L’Alliance nippo-américaine constitue l’axe central de la politique diplomatique et sécuritaire du Japon. Si la chose est faisable, je me rendrai dès le mois prochain aux États-Unis. Afin de renforcer davantage la relation de confiance avec le Président TRUMP, j’œuvrerai au développement des relations nippo-américaines dans tous les domaines, parmi lesquels la sécurité et la défense, l’économie ou encore la culture. De plus, nous collaborerons pour agir sur les enjeux des différentes régions du monde, à commencer par l’Asie de l’Est.
Afin de faciliter la présence des Forces américaines au Japon (USFJ), il est indispensable d’obtenir la compréhension et la coopération de nos concitoyens, notamment dans les localités concernées. Nous travaillerons donc à réduire la charge que représente cette présence des bases américaines, notamment dans le département d’Okinawa. Nous poursuivrons tout particulièrement le chantier du transfert sur le site de Henoko dans l’optique d’une rétrocession la plus rapide possible de l’ensemble de la base aérienne de Futenma. En réponse aux aspirations des habitants d’Okinawa, nous poursuivrons également les initiatives destinées à doter ce département d’une économie solide.
En outre, nous placerons au centre de l’Alliance nippo-américaine la coopération avec les États qui partagent nos valeurs et principes fondamentaux, à savoir la liberté, la démocratie, le respect des droits humains et de l’État de droit. Nous approfondirons nos coopérations multilatérales en matière de sécurité et de défense comme les alliances trilatérales Japon – États-Unis – Corée du Sud et Japon – États-Unis – Philippines ou bien l’alliance quadrilatérale Japon – États-Unis – Australie - Inde. Enfin, nous agirons de concert avec l’ASEAN et les États européens sur les différents enjeux globaux.
S’agissant de la Corée du Sud, j’ai accueilli le mois dernier au Japon le Président LEE. Face à l’importance croissante induite par l’environnement stratégique actuelle, mon objectif est de renforcer davantage les liens entre nos deux pays à travers des échanges francs qui s’appuie sur une relation de confiance au plus haut niveau.
Avec la Chine, l’orientation de mon gouvernement reste la même : poursuivre le développement d’une relation stratégique et mutuellement bénéfique ainsi qu’établir une relation bilatérale stable et constructive. C’est parce que des sujets de préoccupation et des problématiques demeurent entre le Japon et son important voisin que nous devons maintenir le contact entre nos deux pays et y répondre de manière réfléchie et pertinente pour l’intérêt national.
Je souhaite que mon mandat voie le retour au Japon de toutes les personnes enlevées par la Corée du Nord. J’y suis fermement déterminée. Je m’emploierai à marquer une percée sans exclure la moindre option avec, en premier lieu, une rencontre au sommet avec le Secrétaire général KIM Jong-un. En outre, nous ne pourrons jamais tolérer que la Corée du Nord développe son programme nucléaire et balistique, qui représente depuis toujours une menace sérieuse et de tous les instants pour le Japon.
Il est nécessaire de mettre fin rapidement à l’agression russe contre l’Ukraine. Dans ce but, nous continuerons de la soutenir avec nos alliés, dans le respect le plus total de la volonté ukrainienne. Les relations nippo-russes restent compliquées, mais le Gouvernement japonais ne dérogera pas à sa ligne de conduite de résoudre la question des Territoires du Nord et de signer un traité de paix avec la Fédération de Russie.
5. Puissance défensive
Depuis l’élaboration des « trois textes sur la sécurité nationale »[1], dont la stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy of Japan), les différents domaines liés au contexte sécuritaire connaissent une évolution accélérée avec, par exemple, l’apparition de nouveaux modes de combat ou la nécessité de s’équiper pour des conflits de longue durée.
Le Japon a donc besoin d’anticiper un renforcement drastique de ses capacités de défense. Pour ce faire, je procéderai dans le courant de l’année à une révision anticipée des « trois textes sur la sécurité nationale ».
Conjointement à une refonte de la Force aérienne d’autodéfense du Japon en « Force aérienne et spatiale d’autodéfense du Japon », je créerai une nouvelle unité opérationnelle en charge de l’espace. Nous continuerons également d’améliorer le traitement des personnels des Forces d’autodéfense du Japon, qui sont le fondement de notre capacité de défense, en commençant par une révision de la grille de rémunération.
Nous devons aussi agir pour créer nous-mêmes un environnement stratégique qui soit profitable au Japon. Sur la question du transfert des équipements de défense, nous accélèrerons l’étude d’une révision des cinq types d’équipements exportables prévus dans les Trois principes non-nucléaires[2]. Ceci participera au renforcement des capacités de dissuasion et de projection de nos alliés et des pays affinitaires, de même qu’au renforcement de la base industrielle et technique des entreprises japonaises de défense.
En parallèle, nous veillerons à tenir informer les acteurs du secteur des besoins en termes de programmation de défense et poursuivrons la mise en place d’un environnement qui permettra aux startups et aux entreprises de se lancer dans le développement technique, la production à grande échelle et l’exploration de nouveaux marchés.
En complément du renforcement drastique de nos capacités de défense, nous prendrons également des mesures pour renforcer les capacités de la Force maritime d’autodéfense du Japon ainsi que nos moyens de lutter pour la cybersécurité.
6. Puissance du renseignement
Dans un contexte sécuritaire devenu le plus sévère et le plus complexe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon a besoin pour protéger ses intérêts nationaux de procéder à la collecte et l’analyse de renseignements opportuns et de qualité, de les synthétiser au plus haut niveau et de prendre des décisions pointues et pertinentes.
Dans le but d’un renforcement capacitaire de la direction du renseignement japonais, je créerai au sein de mon Cabinet un « Conseil national du renseignement » qui réunira les différentes autorités officielles concernées et sera présidé par le Premier ministre. En outre, je transformerai le bureau de recherche du renseignement du Cabinet (Cabinet Intelligence Research Office) en une direction générale du renseignement, que sera chargée de faire la synthèse des informations émanant des différents organismes concernés.
En utilisant les analyses résultantes de ce processus, nous prendrons les mesures nécessaires, comme l’élaboration d’un système destiné à prévenir les ingérences étrangères.
[…]
2. Puissance économique
(4) Investissements dans la gestion des crises : la sécurité économique
On assiste à l’émergence de coercitions économiques par des pays qui tentent ainsi d’imposer leurs revendications aux autres pays par un contrôle des produits de la chaîne d’approvisionnement amont, dont dépend le monde entier et qui est également largement utilisée dans la vie quotidienne. On voit également une exacerbation des rivalités dans le cyberespace ainsi que dans les espaces maritime et extra-atmosphérique, accentuant la nécessité pour le Japon de garantir son autonomie et son indispensabilité stratégiques.
En ayant recours aux fonds prévisionnels du budget 2025, nous procèderons à la restructuration de chaînes d’approvisionnement sans dépendance aucune à un pays en particulier, ainsi qu’à l’établissement de collaborations renforcés avec les pays affinitaires dans le but de sortir d’une telle dépendance.
Nous soutiendrons les opérations essentielles comme la mise en place de câbles sous-marins, favoriserons les activités maritimes qui participent à la sécurité économique, procèderons à un renforcement systémique des infrastructures de base, notamment dans le domaine médical, et œuvrerons à nous doter de groupes d’experts (think tanks) syncrétiques.
Afin d’accentuer l’analyse des investissements directs au Japon, je créerai un comité pour l’investissement étranger au Japon, version japonaise du « Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS) ».
(5) Investissements dans la gestion des crises : sécurité énergétique et des ressources, décarbonation et transition verte (GX)
(sécurité énergétique et des ressources)
Le secteur énergétique représente le fondement de la vie quotidienne de nos concitoyens et de l’activité industrielle du pays. Il est donc indispensable d’en garantir un approvisionnement stable et à bas coût, y compris sur le plan du renforcement de notre compétitivité en matière de relocalisation.
Du point de vue de la sécurité énergétique, il est nécessaire de continuer d’utiliser les technologies faiblement énergivores, tout en nous assurant de disposer d’énergies produites localement. Nous optimiserons l’emploi des énergies décarbonées tout en nous assurant de préserver la résilience de nos chaînes d’approvisionnement avec comme prérequis l’acceptation des régions et le respect de l’environnement.
En vue d’accélérer le redémarrage de réacteurs nucléaires dont la sûreté aura été garantie par la Commission de réglementation de l’énergie nucléaire, nous agirons via une collaboration public-privé. Nous poursuivrons également le développement et l’installation de réacteurs de nouvelle génération sur les sites des centrales des énergéticiens munies de réacteurs dont le démantèlement aura été décidé.
S’agissant des énergies renouvelables, nous collaborerons avec nos alliés et des pays affinitaires pour doter le Japon d’une chaîne d’approvisionnement de cellule photovoltaïque en pérovskite et d’équipements de dernière génération pour utiliser l’énergie géothermique.
D’un autre côté, l’adoption de sources d’énergie décarbonée suppose de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ces dernières pouvant avoir un impact environnemental et représenter des risques sur le plan des chaînes d’approvisionnement. Concernant l’énergie solaire notamment, l’adoption et la régularisation d’une série de réglementations et de mécanismes se poursuivent, avec par exemple le renforcement du cadre réglementaire relatif à la sécurité des installations et de leur impact environnemental, la refonte du système des aides incitatives ou la création d’un mécanisme pour le recyclage des panneaux solaires hors d’usage.
Enfin, nous viserons à être les premiers à généraliser l’utilisation de l’énergie issue de la fusion nucléaire. De même, nous accélérerons nos initiatives destinées à la réalisation d’une économie de l’hydrogène, ainsi qu’en faveur du développement des ressources énergétiques et de leur recyclage. Nous accélèrerons notamment les opérations destinées à l’exploitation des terres rares présentes dans les fonds marins autour de l’île de Minamitori-shima.
(décarbonation et transition verte [GX])
Pour lutter contre l’enjeu global que représente le changement climatique, nous favoriserons les investissements audacieux pour la transition verte (GX), que nous associerons à une croissance décarbonée.
Nous favoriserons notamment les grappes industrielles dédiées à la transition verte (GX) et la « coordination Watt-Bit », formant ainsi de nouveaux pôles de compétitivité (clusters)
En outre, nous contribuerons à la décarbonation de l’Asie à travers le concept de communauté asiatique à zéro émission (AZEC), œuvrant ainsi en faveur de sa croissance potentielle.
[…]
4. Puissance diplomatique
Cette « économie forte » repose sur « une diplomatie et une politique sécuritaire fortes ».
Alors que la rivalité entre États s’accentue, se complexifie et devient récurrente, l’ordre international libre, ouvert et stable auquel nous étions accoutumés connait désormais de profonds bouleversements.
Dans ce contexte, le Japon est confronté à l’environnement sécuritaire le plus difficile et le plus complexe depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. La Chine accentue ses tentatives unilatérales de modifier la situation en mers de Chine orientale et méridionale par la force et la coercition. De même, elle renforce et multiplie les opérations militaires autour du Japon. Quant à la Corée du Nord, elle ne cesse de chercher à renforcer ses capacités nucléaires et balistiques.
L’agression de l’Ukraine par la Russie se poursuit toujours. La Corée du Nord a envoyé des soldats dans cette même Russie, faisant craindre qu’elle soit obtenue en retour de la Russie un transfert de technologies liées aux missiles balistiques. La Chine, pour sa part, est en train de renforcer sa collaboration militaire avec la Russie.
En outre, le champs diplomatique et sécuritaire s’étend désormais aux nouvelles sphères de l’espace extra-atmosphérique, du cyberespace ainsi qu’au domaine cognitif.
Face à cette situation, il est important que le Japon décide de lui-même de prendre son destin en main en se fixant un objectif à long terme et la direction à prendre. En choisissant de s’appuyer sur la politique étrangère et la politique sécuritaire pour avancer, le Japon se doit de jouer un rôle actif pour préserver son indépendance et la paix nationale, mener un monde marqué par la progression des divisions et de la confrontation sur la voie de l’ouverture et de la collaboration et faire en sorte que le Japon et la communauté internationale prospèrent ensemble.
Mon gouvernement met en place une « diplomatie d’un Japon responsable, faiseur de paix et de prospérité ».
Cette année, cela fera dix ans que feu le Premier ministre ABE Shinzo a lancé le concept d’un « Indopacifique libre et ouvert (FOIP) ». Si on considère les dernières évolutions - l’exacerbation des rivalités géopolitiques, les bonds technologiques dans le numérique et les systèmes d’intelligence artificielle, la rivalité pour la souveraineté numérique -, chaque pays a une plus grande obligation de renforcer son autonomie et sa résilience. Nous marquerons des avancées stratégiques dans les initiatives du FOIP : renforcement de la base économique (infrastructures numériques et résilience des chaînes d’approvisionnement de minerais critiques), création d’opportunités de croissance par des collaborations public-privé, aides au renforcement des capacités gouvernementales en matière de sécurité et de défense, élargissement des champs de collaboration en faveur de la paix et de la stabilité régionales par le biais d’une expansion de l’OSA (aide publique à la sécurité ) et de l’APD (aide publique au développement). Rendons l’Indo-Pacifique fort et prospère.
Le maintien et le développement du système de libre-échange fondé sur des règles est un des piliers de la diplomatie économique du Japon. Sur un plan stratégique, nous explorerons les possibilités de nouvelles collaborations avec les pays de l’ASEAN et de l’Union européenne dans le cadre du Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP), avec l’objectif d’accroître le nombre de pays signataires et d’en faire évoluer le contenu, tout en préservant son niveau élevé.
L’Alliance nippo-américaine constitue l’axe central de la politique diplomatique et sécuritaire du Japon. Si la chose est faisable, je me rendrai dès le mois prochain aux États-Unis. Afin de renforcer davantage la relation de confiance avec le Président TRUMP, j’œuvrerai au développement des relations nippo-américaines dans tous les domaines, parmi lesquels la sécurité et la défense, l’économie ou encore la culture. De plus, nous collaborerons pour agir sur les enjeux des différentes régions du monde, à commencer par l’Asie de l’Est.
Afin de faciliter la présence des Forces américaines au Japon (USFJ), il est indispensable d’obtenir la compréhension et la coopération de nos concitoyens, notamment dans les localités concernées. Nous travaillerons donc à réduire la charge que représente cette présence des bases américaines, notamment dans le département d’Okinawa. Nous poursuivrons tout particulièrement le chantier du transfert sur le site de Henoko dans l’optique d’une rétrocession la plus rapide possible de l’ensemble de la base aérienne de Futenma. En réponse aux aspirations des habitants d’Okinawa, nous poursuivrons également les initiatives destinées à doter ce département d’une économie solide.
En outre, nous placerons au centre de l’Alliance nippo-américaine la coopération avec les États qui partagent nos valeurs et principes fondamentaux, à savoir la liberté, la démocratie, le respect des droits humains et de l’État de droit. Nous approfondirons nos coopérations multilatérales en matière de sécurité et de défense comme les alliances trilatérales Japon – États-Unis – Corée du Sud et Japon – États-Unis – Philippines ou bien l’alliance quadrilatérale Japon – États-Unis – Australie - Inde. Enfin, nous agirons de concert avec l’ASEAN et les États européens sur les différents enjeux globaux.
S’agissant de la Corée du Sud, j’ai accueilli le mois dernier au Japon le Président LEE. Face à l’importance croissante induite par l’environnement stratégique actuelle, mon objectif est de renforcer davantage les liens entre nos deux pays à travers des échanges francs qui s’appuie sur une relation de confiance au plus haut niveau.
Avec la Chine, l’orientation de mon gouvernement reste la même : poursuivre le développement d’une relation stratégique et mutuellement bénéfique ainsi qu’établir une relation bilatérale stable et constructive. C’est parce que des sujets de préoccupation et des problématiques demeurent entre le Japon et son important voisin que nous devons maintenir le contact entre nos deux pays et y répondre de manière réfléchie et pertinente pour l’intérêt national.
Je souhaite que mon mandat voie le retour au Japon de toutes les personnes enlevées par la Corée du Nord. J’y suis fermement déterminée. Je m’emploierai à marquer une percée sans exclure la moindre option avec, en premier lieu, une rencontre au sommet avec le Secrétaire général KIM Jong-un. En outre, nous ne pourrons jamais tolérer que la Corée du Nord développe son programme nucléaire et balistique, qui représente depuis toujours une menace sérieuse et de tous les instants pour le Japon.
Il est nécessaire de mettre fin rapidement à l’agression russe contre l’Ukraine. Dans ce but, nous continuerons de la soutenir avec nos alliés, dans le respect le plus total de la volonté ukrainienne. Les relations nippo-russes restent compliquées, mais le Gouvernement japonais ne dérogera pas à sa ligne de conduite de résoudre la question des Territoires du Nord et de signer un traité de paix avec la Fédération de Russie.
5. Puissance défensive
Depuis l’élaboration des « trois textes sur la sécurité nationale »[1], dont la stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy of Japan), les différents domaines liés au contexte sécuritaire connaissent une évolution accélérée avec, par exemple, l’apparition de nouveaux modes de combat ou la nécessité de s’équiper pour des conflits de longue durée.
Le Japon a donc besoin d’anticiper un renforcement drastique de ses capacités de défense. Pour ce faire, je procéderai dans le courant de l’année à une révision anticipée des « trois textes sur la sécurité nationale ».
Conjointement à une refonte de la Force aérienne d’autodéfense du Japon en « Force aérienne et spatiale d’autodéfense du Japon », je créerai une nouvelle unité opérationnelle en charge de l’espace. Nous continuerons également d’améliorer le traitement des personnels des Forces d’autodéfense du Japon, qui sont le fondement de notre capacité de défense, en commençant par une révision de la grille de rémunération.
Nous devons aussi agir pour créer nous-mêmes un environnement stratégique qui soit profitable au Japon. Sur la question du transfert des équipements de défense, nous accélèrerons l’étude d’une révision des cinq types d’équipements exportables prévus dans les Trois principes non-nucléaires[2]. Ceci participera au renforcement des capacités de dissuasion et de projection de nos alliés et des pays affinitaires, de même qu’au renforcement de la base industrielle et technique des entreprises japonaises de défense.
En parallèle, nous veillerons à tenir informer les acteurs du secteur des besoins en termes de programmation de défense et poursuivrons la mise en place d’un environnement qui permettra aux startups et aux entreprises de se lancer dans le développement technique, la production à grande échelle et l’exploration de nouveaux marchés.
En complément du renforcement drastique de nos capacités de défense, nous prendrons également des mesures pour renforcer les capacités de la Force maritime d’autodéfense du Japon ainsi que nos moyens de lutter pour la cybersécurité.
6. Puissance du renseignement
Dans un contexte sécuritaire devenu le plus sévère et le plus complexe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon a besoin pour protéger ses intérêts nationaux de procéder à la collecte et l’analyse de renseignements opportuns et de qualité, de les synthétiser au plus haut niveau et de prendre des décisions pointues et pertinentes.
Dans le but d’un renforcement capacitaire de la direction du renseignement japonais, je créerai au sein de mon Cabinet un « Conseil national du renseignement » qui réunira les différentes autorités officielles concernées et sera présidé par le Premier ministre. En outre, je transformerai le bureau de recherche du renseignement du Cabinet (Cabinet Intelligence Research Office) en une direction générale du renseignement, que sera chargée de faire la synthèse des informations émanant des différents organismes concernés.
En utilisant les analyses résultantes de ce processus, nous prendrons les mesures nécessaires, comme l’élaboration d’un système destiné à prévenir les ingérences étrangères.
[…]
[1] [NdT] Il s’agit du de la stratégie de sécurité national (2023-2027), de la stratégie de défense nationale (2022) et du plan préparatoire à la défense nationale (2023)
[2] [NdT] Principes édictés dans une résolution parlementaire stipulant que le Japon ne doit ni posséder, ni produire, ni autoriser l’introduction d’armes nucléaires sur son territoire.
Traduction provisoire et purement informative
