Discours de politique générale de la Première ministre TAKAICHI à l’occasion de la 222e session parlementaire
2026/10/5
© Cabinet Public Affairs Office, Cabinet Secretariat
[…]
C’est pour cette raison qu’il est temps pour le Japon de se redresser. Défendre un ordre international libre, ouvert et fondé sur des règles, poursuivre avec courage des « investissements pour la gestion de crise » qui anticiperont les enjeux et les risques mondiaux ainsi que des « investissements pour la croissance » qui ouvriront la voie à l’avenir. Et enfin, réaliser une croissance vigoureuse et durable de notre économie.
[…]
Dans un contexte de structure économique déflationniste et des taux d’intérêt bas qui ont perduré pendant une trentaine d’années, le Japon a connu une « période où, même en travaillant, les salaires avaient du mal à augmenter ».
L’inquiétude dans l'avenir découlant de cette longue période de stagnation a fait que les entreprises comme les ménages se sont abstenus d'investir pour le futur, ont hésité à répercuter les coûts et à augmenter les salaires, et ont restreint leur consommation. Cette « posture de défense » a tendu à se généraliser.
Cependant, alors que les politiques économiques menées jusqu’à présent et les efforts des entreprises en matière d’augmentations salariales commencent à porter leurs fruits, la tendance est clairement en train de s’inverser. Lors des négociations salariales de printemps, des hausses salariales de l’ordre de 5 % ont été obtenues pour la troisième année consécutive et l’investissement matériel des entreprises privées pour l’exercice 2025 a atteint un record avec 128 billions JPY.
L’économie japonaise se trouve désormais à un tournant : va-t-elle entrer dans un « cercle vertueux de la croissance », caractérisé par l’« investissement des entreprises », une « hausse des salaires » et un « essor de la consommation » ?
La question qui se pose à nous est de savoir si nous allons laisser ces signes de changement s’essouffler, ou si nous allons les transformer en un « cercle vertueux de la croissance » durable.
Si le Japon reste les bras croisés alors que les autres pays se livrent à une course effrénée pour développer de politiques industrielles à long terme et à grande échelle, il y a un risque d’exode des entreprises, des emplois et des investissements à l’étranger, entraînant le pays dans une nouvelle période de stagnation.
Grâce à une « politique budgétaire responsable et proactive », mon gouvernement favorisera l’investissement domestique, redresserons le taux de croissance potentielle du Japon, augmenterons les emplois de qualité et les revenus, améliorerons le moral des consommateurs, ferons progresser les bénéfices des entreprises qui induira une augmentation naturelle des recettes fiscales, créant ainsi un « cercle vertueux dans un contexte de croissance du PIB national ».
En instaurant ce cercle vertueux, nous pourrons transformer les inquiétudes de nos concitoyens en espoir dans l'avenir, de manière à les amener à penser : « mon salaire augmente, je vais donc consommer », « les résultats de l’entreprise sont en augmentation, je vais donc investir » ou « lançons-nous de nouveaux défis ».
Sans croissance, il ne peut y avoir de hausses salariales durables.
Sans croissance, il ne peut y avoir d’augmentation des recettes fiscales.
Sans croissance, la protection sociale ne peut être pérenne.
Il ne s’agit pas simplement pour le gouvernement d’augmenter les dépenses publiques. Il s’agit de mettre en place une nouvelle gestion économique et budgétaire qui permette de conjuguer « économie forte » et « viabilité budgétaire », sans remettre à plus tard les politiques et réformes nécessaires.
Augmenter le revenu des ménages japonais et améliorer leur niveau de vie tout en garantissant la « viabilité budgétaire » du pays. C’est précisément la réalisation de ces deux objectifs qui définit ma « politique budgétaire active et responsable ».
C’est aujourd’hui que s’ouvre la « première année de la politique budgétaire active et responsable ».
2. « Politique budgétaire responsable et proactive »
En nous appuyant sur la Stratégie de croissance nationale (Japan’s Growth Strategy) et la Stratégie nationale pour l’avenir des régions (Strategy for the Future of Regions), nous procéderons à une révision audacieuse de nos orientations en matière de planification budgétaire. Mon gouvernement prendra les devants et, afin de stimuler l’investissement domestique, planifiera des dépenses publiques importantes, à long terme et avec une forte prédictibilité pour jouer le rôle d’amorce à l’investissement domestique et susciter des investissements ambitieux.
Nous mettrons fin à la dépendance aux modifications budgétaires et inscrirons les applications courantes dans le budget primitif. Afin de dépasser les obstacles liés aux précédents et de ne pas rejeter d’emblée de nouvelles propositions, nous ne fixerons aucun « plafond budgétaire » et nous reposerons sur des projets pluriannuels. Nous créerons ainsi un « cadre d’investissement pour “un Japon fort et prospère” » relatif aux mesures destinées à stimuler l’investissement domestique et améliorer le taux de croissance potentiel. En ce qui concerne les secteurs particulièrement essentiels comme la sécurité économique du pays, nous entendons les gérer dans un « cadre distinct » au sein d’un compte spécial, garantissant ainsi des ressources financières suffisantes pour plusieurs années fiscales.
Afin de renforcer de manière visible les actions de la nouvelle administration créée au sein du Secrétariat général du Cabinet pour rationaliser les mesures fiscales spéciales et les subventions de l’État – une sorte de « DOGE[1] » à la japonaise –, nous procéderons au réexamen approfondi de ces mesures spéciales ainsi que des subventions et des fonds d’approvisionnement, nous redéfinirons les priorités et concentrerons nos efforts sur les points essentiels.
La « viabilité budgétaire » est un préalable indispensable à la mise en œuvre d’une « politique budgétaire responsable et proactive ». Comme évoqué dans la Politique fondamentale sur la gestion économique et fiscale et sur les réformes 2026, notre action se focalisera sur l’objectif de réduire durablement le ratio dette/PIB des administrations centrales et territoriales. Le solde primaire ne sera plus géré sur une seule année mais de manière pluriannuelle. En tenant compte des effets de la croissance économique, nous contrôlerons avec cohérence le volume des obligations d’État émis durant l’année, tout en procédant à une analyse synthétique de l’économie, des prix, des recettes fiscales, des taux d’intérêt, des charges d’intérêt et de la situation des marchés. Si l’état de l’économie ou des marchés diffère des prévisions, nous analyserons en détail les répercussions et réagirons sans attendre par des mesures nécessaires.
Nous veillerons à la mise en œuvre régulière de nos politiques et détaillerons à nos concitoyens ainsi qu’aux acteurs des marchés nationaux et internationaux chaque résultat tangible obtenu. Mon gouvernement s’attachera à renforcer par une approche directe la confiance que les marchés placent en lui.
[…]
4. Investissements pour la gestion des crises
Alors que notre pays connait une période marquée par des changements et des risques sans précédent – tensions au Moyen-Orient, aggravation des catastrophes naturelles, évolution accélérée des innovations technologiques, notamment en matière d’IA, etc. –, nous allons poursuivre les « investissements pour la gestion des crises » dans tous les domaines : sécurité énergétique et des ressources naturelles, sécurité alimentaire, sécurité sanitaire et médicale, cybersécurité, prévention des catastrophes, espaces maritimes ou encore espace.
Nous ferons aussi en sorte d’associer les produits, les services et les infrastructures issues de ses investissements domestiques aux nouveaux marchés porteurs mondiaux.
Par exemple, la transition énergétique (GX), que nous avons été parmi les premiers au monde à mettre en place, va connaître une nouvelle accélération autour de deux axes majeurs : (i) le renforcement de la sécurité énergétique par une diversification des sources d’approvisionnement en combustibles fossiles et la réduction des risques, et (ii) l’augmentation des investissements en faveur de la transition énergétique, du renforcement des capacités d’approvisionnement et de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Grâce à ces efforts, nous garantirons un approvisionnement sûr et stable en électricité, capable de répondre à l’essor de la demande électrique des centres de données qui accompagne le développement de l’intégration de l’IA dans la société.
En outre, en tirant parti notamment du projet de communauté asiatique à zéro émission (AZEC), nous déploierons sur les marchés internationaux les produits, services et infrastructures japonais qui contribuent à la décarbonation et au renforcement de la sécurité énergétique, deux enjeux qui concernent l’ensemble de la communauté internationale.
Nous œuvrerons à promouvoir cette initiative sous le nom de « POWERR GX », un ensemble de mesures visant à renforcer la résilience de la structure de l’offre et de la demande d’énergie, et élaborerons d’ici la fin de l’année une nouvelle stratégie intégrant de manière cohérente les dispositifs institutionnelles et budgétaires.
Dans un premier temps, nous mettrons en place un cadre institutionnel visant à renforcer en profondeur le socle d’approvisionnement énergétique de notre pays par une diversification radicale de nos sources d’approvisionnement et une réduction drastique des risques avec, notamment, une dépendance moindre à certaines voies d’approvisionnement exclusives comme pour le pétrole brut.
5. Investissements pour la croissance
En ce qui concerne les « investissements pour la croissance » dans les secteurs de l’IA, des semi-conducteurs, des technologies quantiques, des contenus (ICC) ou de l’énergie de fusion, où les pays se livrent à une concurrence acharnée en matière de politique industrielle, nous allons renforcer davantage la compétitivité internationale du Japon en attirant l’investissement domestique et les talents par des mesures audacieuses pour promouvoir les investissements.
Le Japon dispose de technologies qui font sa réputation dans le monde entier.
« Gagner sur le plan technique, c'est aussi gagner sur le plan commercial. »
Nous ferons en sorte de permettre l’éclosion des technologies japonaises sur le marché international en menant de front toutes les étapes, depuis la recherche et développement (R&D) jusqu’à l’application dans la vie quotidienne.
Améliorer l'« autonomie » par la technologie et asseoir notre « indispensabilité » grâce à elle. Cela relève à la fois de notre Stratégie de croissance nationale et de notre Stratégie de sécurité nationale.
L’implantation de la société TSMC[2] à Kumamoto a favorisé la concentration d’entreprises du secteur des semi-conducteurs, générant ainsi de nouveaux emplois ainsi que de nouvelles sources de revenus et entrainant une série d’investissements en R&D.
Le dirigeant d’un leader mondial des puces mémoire m’a également annoncé qu’on pouvait espérer des recettes fiscales bien supérieures au montant cumulé des aides accordées par le gouvernement japonais.
Les mesures pour favoriser les investissements issus de partenariats public-privé portent leurs fruits, faisant que ces investissements dans l’avenir commencent à donner des résultats, synonyme d’une augmentation des recettes fiscales.
[…]
III. Une diplomatie japonaise dynamique
Aucune « modification du statu quo par la force » ne saurait être tolérée où qu’elle se produise dans le monde. C’est ce principe fondamental que le Japon ne cessera de défendre sur la scène internationale.
Le Japon continuera de soutenir les différentes instances juridiques internationales comme la Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour pénale internationale (CPI) et le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), auxquelles il contribue en désignant des juges.
Fort de ces positions, nous maintiendrons et renforcerons l’ordre international fondé sur l’État de droit en prônant l’importance de l'État du droit et en jouant un rôle encore plus actif en faveur du règlement pacifique des conflits, y compris par la médiation pour la paix.
L’une de ses avancées concrètes est POWERR Asia, le partenariat pour la résilience de l’approvisionnement asiatique en énergie et en ressources.
En favorisant les coopérations en matière notamment d’élaboration systémique de stocks stratégiques de pétrole ou d’octroi de crédits ainsi qu’en renforçant les collaborations entre pays producteurs et consommateurs, nous favoriserons la sécurité énergétique et la croissance économique de l’Asie.
Afin d’améliorer le stationnement d es forces armées américaines basées au Japon, il est indispensable d’obtenir la compréhension et la coopération de l’ensemble de nos concitoyens, y compris des communautés locales. Je m’efforcerai ainsi d’alléger la charge que représentent les bases américaines, notamment dans le département d’Okinawa. Dans l’optique d’une restitution rapide de l'intégralité de la base aérienne de Futenma, nous poursuivrons les travaux de délocalisation vers le site d’Henoko. J’utiliserai également le cadre de la Stratégie nationale pour l’avenir des régions (Strategy for the Future of Regions) pour doter Okinawa d’une économie solide.
Avec la Corée du Sud, un voisin important du Japon avec lequel nous menons des échanges approfondis via notre « diplomatie de la navette (shuttle diplomacy) », j’entends renforcer davantage nos relations dans des domaines multiples (économie, sécurité et défense, etc.), y compris dans le cadre de notre alliance trilatérale avec les États-Unis.
Je travaillerais à approfondir les relations avec les États membres de l’ASEAN.
Enfin, je renforcerai nos liens avec le « Sud global », qui comprend l’Inde ainsi que des pays du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, et travaillerai à élargir les options et renforcer le poids du Japon dans un monde multipolaire.
Concernant la Chine, autre voisin important, nous nous appuierons sur les fruits de nos relations accumulés au fil des ans en dépit des questions qui demeurent. Sur cette base, je poursuivrai la promotion globale de notre « relation mutuellement bénéfique fondée sur des intérêts stratégiques communs ». Face aux diverses problématiques en mers de Chine orientale et méridionale, aux activités militaires de la Chine dans les eaux entourant le Japon, à ses mesures de coercition, à la sécurité des ressortissants japonais ou aux sujets de préoccupation en matière de droits humains, j’appuierai les positions japonaises qui doivent l’être et exhorterai la Chine à agir de manière responsable. Dans le même temps, je continuerai d’échanger sur nos défis communs et poursuivrai les dialogues destinés à protéger les intérêts nationaux du Japon, dans le but de bâtir des relations stables et constructives.
Sur la question des enlèvements par la Corée du Nord, il s’agit d’une question humanitaire urgente qui reste d’actualité et pour laquelle je m’efforcerai d’aboutir à la résolution la plus rapide possible, sans omettre aucune option, y compris une rencontre au sommet. Je ne permettrai néanmoins aucun développement de son programme nucléaire et balistique.
Les Territoires du Nord font partie intégrante du territoire national japonais, tant sur le plan historique que du droit international. Bien que nos relations avec la Russie, qui poursuit son agression contre l’Ukraine, soient difficiles, mon gouvernement maintiendra sa ligne de conduite consistant à régler la question territoriale et conclure un traité de paix avec la Fédération de Russie.
L’environnement sécuritaire autour du Japon évolue rapidement, devenant de plus en plus complexe et préoccupant.
Afin de renforcer en profondeur nos capacités de défense, nous procéderons d’ici la fin de l’année à une révision des trois documents cadres sur la sécurité[3]. Nous nous attacherons également à améliorer les conditions de travail des membres des Forces d’autodéfense du Japon, ainsi qu’à renforcer le soutien apporté à leurs anciens membres et à leurs familles.
Parallèlement au renforcement de la collecte et de l’analyse transversales des informations interministérielles au sein du Conseil national du renseignement et du Bureau national du renseignement, organismes créés cette année, nous poursuivrons les réflexions visant à renforcer davantage nos capacités de renseignement qui sous-tendent les décisions de l’État.
Sur le plan de la sécurité et de la défense nationales, nous établirons des réglementations relatives aux transferts de propriété foncière, notamment pour les zones situés à proximité des installations en lien avec la défense du territoire ainsi que sur les îles frontalières. Par ailleurs, afin de lutter contre le blanchiment d'argent et renforcer la sécurité économique, nous comptons mettre en place un système de fichage des entités titulaires de facto des personnes morales.
Ce n’est pas avec nos seuls souhaits que nous instaurerons la paix. Mon gouvernement multipliera ses efforts diplomatiques en faveur de la paix et de la stabilité. Il poursuivra sans relâche le renforcement des capacités de défense du Japon et sera déterminé à préserver la vie et les biens de nos concitoyens, ainsi qu’à protéger l’espace terrestre, maritime et aérien du Japon.
[…]
Traduction provisoire et purement informative
- Introduction
C’est pour cette raison qu’il est temps pour le Japon de se redresser. Défendre un ordre international libre, ouvert et fondé sur des règles, poursuivre avec courage des « investissements pour la gestion de crise » qui anticiperont les enjeux et les risques mondiaux ainsi que des « investissements pour la croissance » qui ouvriront la voie à l’avenir. Et enfin, réaliser une croissance vigoureuse et durable de notre économie.
[…]
- Réalisation d’une « croissance forte »
Dans un contexte de structure économique déflationniste et des taux d’intérêt bas qui ont perduré pendant une trentaine d’années, le Japon a connu une « période où, même en travaillant, les salaires avaient du mal à augmenter ».
L’inquiétude dans l'avenir découlant de cette longue période de stagnation a fait que les entreprises comme les ménages se sont abstenus d'investir pour le futur, ont hésité à répercuter les coûts et à augmenter les salaires, et ont restreint leur consommation. Cette « posture de défense » a tendu à se généraliser.
Cependant, alors que les politiques économiques menées jusqu’à présent et les efforts des entreprises en matière d’augmentations salariales commencent à porter leurs fruits, la tendance est clairement en train de s’inverser. Lors des négociations salariales de printemps, des hausses salariales de l’ordre de 5 % ont été obtenues pour la troisième année consécutive et l’investissement matériel des entreprises privées pour l’exercice 2025 a atteint un record avec 128 billions JPY.
L’économie japonaise se trouve désormais à un tournant : va-t-elle entrer dans un « cercle vertueux de la croissance », caractérisé par l’« investissement des entreprises », une « hausse des salaires » et un « essor de la consommation » ?
La question qui se pose à nous est de savoir si nous allons laisser ces signes de changement s’essouffler, ou si nous allons les transformer en un « cercle vertueux de la croissance » durable.
Si le Japon reste les bras croisés alors que les autres pays se livrent à une course effrénée pour développer de politiques industrielles à long terme et à grande échelle, il y a un risque d’exode des entreprises, des emplois et des investissements à l’étranger, entraînant le pays dans une nouvelle période de stagnation.
Grâce à une « politique budgétaire responsable et proactive », mon gouvernement favorisera l’investissement domestique, redresserons le taux de croissance potentielle du Japon, augmenterons les emplois de qualité et les revenus, améliorerons le moral des consommateurs, ferons progresser les bénéfices des entreprises qui induira une augmentation naturelle des recettes fiscales, créant ainsi un « cercle vertueux dans un contexte de croissance du PIB national ».
En instaurant ce cercle vertueux, nous pourrons transformer les inquiétudes de nos concitoyens en espoir dans l'avenir, de manière à les amener à penser : « mon salaire augmente, je vais donc consommer », « les résultats de l’entreprise sont en augmentation, je vais donc investir » ou « lançons-nous de nouveaux défis ».
Sans croissance, il ne peut y avoir de hausses salariales durables.
Sans croissance, il ne peut y avoir d’augmentation des recettes fiscales.
Sans croissance, la protection sociale ne peut être pérenne.
Il ne s’agit pas simplement pour le gouvernement d’augmenter les dépenses publiques. Il s’agit de mettre en place une nouvelle gestion économique et budgétaire qui permette de conjuguer « économie forte » et « viabilité budgétaire », sans remettre à plus tard les politiques et réformes nécessaires.
Augmenter le revenu des ménages japonais et améliorer leur niveau de vie tout en garantissant la « viabilité budgétaire » du pays. C’est précisément la réalisation de ces deux objectifs qui définit ma « politique budgétaire active et responsable ».
C’est aujourd’hui que s’ouvre la « première année de la politique budgétaire active et responsable ».
2. « Politique budgétaire responsable et proactive »
En nous appuyant sur la Stratégie de croissance nationale (Japan’s Growth Strategy) et la Stratégie nationale pour l’avenir des régions (Strategy for the Future of Regions), nous procéderons à une révision audacieuse de nos orientations en matière de planification budgétaire. Mon gouvernement prendra les devants et, afin de stimuler l’investissement domestique, planifiera des dépenses publiques importantes, à long terme et avec une forte prédictibilité pour jouer le rôle d’amorce à l’investissement domestique et susciter des investissements ambitieux.
Nous mettrons fin à la dépendance aux modifications budgétaires et inscrirons les applications courantes dans le budget primitif. Afin de dépasser les obstacles liés aux précédents et de ne pas rejeter d’emblée de nouvelles propositions, nous ne fixerons aucun « plafond budgétaire » et nous reposerons sur des projets pluriannuels. Nous créerons ainsi un « cadre d’investissement pour “un Japon fort et prospère” » relatif aux mesures destinées à stimuler l’investissement domestique et améliorer le taux de croissance potentiel. En ce qui concerne les secteurs particulièrement essentiels comme la sécurité économique du pays, nous entendons les gérer dans un « cadre distinct » au sein d’un compte spécial, garantissant ainsi des ressources financières suffisantes pour plusieurs années fiscales.
Afin de renforcer de manière visible les actions de la nouvelle administration créée au sein du Secrétariat général du Cabinet pour rationaliser les mesures fiscales spéciales et les subventions de l’État – une sorte de « DOGE[1] » à la japonaise –, nous procéderons au réexamen approfondi de ces mesures spéciales ainsi que des subventions et des fonds d’approvisionnement, nous redéfinirons les priorités et concentrerons nos efforts sur les points essentiels.
La « viabilité budgétaire » est un préalable indispensable à la mise en œuvre d’une « politique budgétaire responsable et proactive ». Comme évoqué dans la Politique fondamentale sur la gestion économique et fiscale et sur les réformes 2026, notre action se focalisera sur l’objectif de réduire durablement le ratio dette/PIB des administrations centrales et territoriales. Le solde primaire ne sera plus géré sur une seule année mais de manière pluriannuelle. En tenant compte des effets de la croissance économique, nous contrôlerons avec cohérence le volume des obligations d’État émis durant l’année, tout en procédant à une analyse synthétique de l’économie, des prix, des recettes fiscales, des taux d’intérêt, des charges d’intérêt et de la situation des marchés. Si l’état de l’économie ou des marchés diffère des prévisions, nous analyserons en détail les répercussions et réagirons sans attendre par des mesures nécessaires.
Nous veillerons à la mise en œuvre régulière de nos politiques et détaillerons à nos concitoyens ainsi qu’aux acteurs des marchés nationaux et internationaux chaque résultat tangible obtenu. Mon gouvernement s’attachera à renforcer par une approche directe la confiance que les marchés placent en lui.
[…]
4. Investissements pour la gestion des crises
Alors que notre pays connait une période marquée par des changements et des risques sans précédent – tensions au Moyen-Orient, aggravation des catastrophes naturelles, évolution accélérée des innovations technologiques, notamment en matière d’IA, etc. –, nous allons poursuivre les « investissements pour la gestion des crises » dans tous les domaines : sécurité énergétique et des ressources naturelles, sécurité alimentaire, sécurité sanitaire et médicale, cybersécurité, prévention des catastrophes, espaces maritimes ou encore espace.
Nous ferons aussi en sorte d’associer les produits, les services et les infrastructures issues de ses investissements domestiques aux nouveaux marchés porteurs mondiaux.
Par exemple, la transition énergétique (GX), que nous avons été parmi les premiers au monde à mettre en place, va connaître une nouvelle accélération autour de deux axes majeurs : (i) le renforcement de la sécurité énergétique par une diversification des sources d’approvisionnement en combustibles fossiles et la réduction des risques, et (ii) l’augmentation des investissements en faveur de la transition énergétique, du renforcement des capacités d’approvisionnement et de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Grâce à ces efforts, nous garantirons un approvisionnement sûr et stable en électricité, capable de répondre à l’essor de la demande électrique des centres de données qui accompagne le développement de l’intégration de l’IA dans la société.
En outre, en tirant parti notamment du projet de communauté asiatique à zéro émission (AZEC), nous déploierons sur les marchés internationaux les produits, services et infrastructures japonais qui contribuent à la décarbonation et au renforcement de la sécurité énergétique, deux enjeux qui concernent l’ensemble de la communauté internationale.
Nous œuvrerons à promouvoir cette initiative sous le nom de « POWERR GX », un ensemble de mesures visant à renforcer la résilience de la structure de l’offre et de la demande d’énergie, et élaborerons d’ici la fin de l’année une nouvelle stratégie intégrant de manière cohérente les dispositifs institutionnelles et budgétaires.
Dans un premier temps, nous mettrons en place un cadre institutionnel visant à renforcer en profondeur le socle d’approvisionnement énergétique de notre pays par une diversification radicale de nos sources d’approvisionnement et une réduction drastique des risques avec, notamment, une dépendance moindre à certaines voies d’approvisionnement exclusives comme pour le pétrole brut.
5. Investissements pour la croissance
En ce qui concerne les « investissements pour la croissance » dans les secteurs de l’IA, des semi-conducteurs, des technologies quantiques, des contenus (ICC) ou de l’énergie de fusion, où les pays se livrent à une concurrence acharnée en matière de politique industrielle, nous allons renforcer davantage la compétitivité internationale du Japon en attirant l’investissement domestique et les talents par des mesures audacieuses pour promouvoir les investissements.
Le Japon dispose de technologies qui font sa réputation dans le monde entier.
« Gagner sur le plan technique, c'est aussi gagner sur le plan commercial. »
Nous ferons en sorte de permettre l’éclosion des technologies japonaises sur le marché international en menant de front toutes les étapes, depuis la recherche et développement (R&D) jusqu’à l’application dans la vie quotidienne.
Améliorer l'« autonomie » par la technologie et asseoir notre « indispensabilité » grâce à elle. Cela relève à la fois de notre Stratégie de croissance nationale et de notre Stratégie de sécurité nationale.
L’implantation de la société TSMC[2] à Kumamoto a favorisé la concentration d’entreprises du secteur des semi-conducteurs, générant ainsi de nouveaux emplois ainsi que de nouvelles sources de revenus et entrainant une série d’investissements en R&D.
Le dirigeant d’un leader mondial des puces mémoire m’a également annoncé qu’on pouvait espérer des recettes fiscales bien supérieures au montant cumulé des aides accordées par le gouvernement japonais.
Les mesures pour favoriser les investissements issus de partenariats public-privé portent leurs fruits, faisant que ces investissements dans l’avenir commencent à donner des résultats, synonyme d’une augmentation des recettes fiscales.
[…]
III. Une diplomatie japonaise dynamique
- Position fondamentale
Aucune « modification du statu quo par la force » ne saurait être tolérée où qu’elle se produise dans le monde. C’est ce principe fondamental que le Japon ne cessera de défendre sur la scène internationale.
Le Japon continuera de soutenir les différentes instances juridiques internationales comme la Cour internationale de Justice (CIJ), la Cour pénale internationale (CPI) et le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), auxquelles il contribue en désignant des juges.
Fort de ces positions, nous maintiendrons et renforcerons l’ordre international fondé sur l’État de droit en prônant l’importance de l'État du droit et en jouant un rôle encore plus actif en faveur du règlement pacifique des conflits, y compris par la médiation pour la paix.
- Version « évoluée » de la FOIP
L’une de ses avancées concrètes est POWERR Asia, le partenariat pour la résilience de l’approvisionnement asiatique en énergie et en ressources.
En favorisant les coopérations en matière notamment d’élaboration systémique de stocks stratégiques de pétrole ou d’octroi de crédits ainsi qu’en renforçant les collaborations entre pays producteurs et consommateurs, nous favoriserons la sécurité énergétique et la croissance économique de l’Asie.
- Relations avec les différents pays
Afin d’améliorer le stationnement d es forces armées américaines basées au Japon, il est indispensable d’obtenir la compréhension et la coopération de l’ensemble de nos concitoyens, y compris des communautés locales. Je m’efforcerai ainsi d’alléger la charge que représentent les bases américaines, notamment dans le département d’Okinawa. Dans l’optique d’une restitution rapide de l'intégralité de la base aérienne de Futenma, nous poursuivrons les travaux de délocalisation vers le site d’Henoko. J’utiliserai également le cadre de la Stratégie nationale pour l’avenir des régions (Strategy for the Future of Regions) pour doter Okinawa d’une économie solide.
Avec la Corée du Sud, un voisin important du Japon avec lequel nous menons des échanges approfondis via notre « diplomatie de la navette (shuttle diplomacy) », j’entends renforcer davantage nos relations dans des domaines multiples (économie, sécurité et défense, etc.), y compris dans le cadre de notre alliance trilatérale avec les États-Unis.
Je travaillerais à approfondir les relations avec les États membres de l’ASEAN.
Enfin, je renforcerai nos liens avec le « Sud global », qui comprend l’Inde ainsi que des pays du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, et travaillerai à élargir les options et renforcer le poids du Japon dans un monde multipolaire.
Concernant la Chine, autre voisin important, nous nous appuierons sur les fruits de nos relations accumulés au fil des ans en dépit des questions qui demeurent. Sur cette base, je poursuivrai la promotion globale de notre « relation mutuellement bénéfique fondée sur des intérêts stratégiques communs ». Face aux diverses problématiques en mers de Chine orientale et méridionale, aux activités militaires de la Chine dans les eaux entourant le Japon, à ses mesures de coercition, à la sécurité des ressortissants japonais ou aux sujets de préoccupation en matière de droits humains, j’appuierai les positions japonaises qui doivent l’être et exhorterai la Chine à agir de manière responsable. Dans le même temps, je continuerai d’échanger sur nos défis communs et poursuivrai les dialogues destinés à protéger les intérêts nationaux du Japon, dans le but de bâtir des relations stables et constructives.
Sur la question des enlèvements par la Corée du Nord, il s’agit d’une question humanitaire urgente qui reste d’actualité et pour laquelle je m’efforcerai d’aboutir à la résolution la plus rapide possible, sans omettre aucune option, y compris une rencontre au sommet. Je ne permettrai néanmoins aucun développement de son programme nucléaire et balistique.
Les Territoires du Nord font partie intégrante du territoire national japonais, tant sur le plan historique que du droit international. Bien que nos relations avec la Russie, qui poursuit son agression contre l’Ukraine, soient difficiles, mon gouvernement maintiendra sa ligne de conduite consistant à régler la question territoriale et conclure un traité de paix avec la Fédération de Russie.
- Renforcement des capacités de défense et de renseignement
L’environnement sécuritaire autour du Japon évolue rapidement, devenant de plus en plus complexe et préoccupant.
Afin de renforcer en profondeur nos capacités de défense, nous procéderons d’ici la fin de l’année à une révision des trois documents cadres sur la sécurité[3]. Nous nous attacherons également à améliorer les conditions de travail des membres des Forces d’autodéfense du Japon, ainsi qu’à renforcer le soutien apporté à leurs anciens membres et à leurs familles.
Parallèlement au renforcement de la collecte et de l’analyse transversales des informations interministérielles au sein du Conseil national du renseignement et du Bureau national du renseignement, organismes créés cette année, nous poursuivrons les réflexions visant à renforcer davantage nos capacités de renseignement qui sous-tendent les décisions de l’État.
Sur le plan de la sécurité et de la défense nationales, nous établirons des réglementations relatives aux transferts de propriété foncière, notamment pour les zones situés à proximité des installations en lien avec la défense du territoire ainsi que sur les îles frontalières. Par ailleurs, afin de lutter contre le blanchiment d'argent et renforcer la sécurité économique, nous comptons mettre en place un système de fichage des entités titulaires de facto des personnes morales.
Ce n’est pas avec nos seuls souhaits que nous instaurerons la paix. Mon gouvernement multipliera ses efforts diplomatiques en faveur de la paix et de la stabilité. Il poursuivra sans relâche le renforcement des capacités de défense du Japon et sera déterminé à préserver la vie et les biens de nos concitoyens, ainsi qu’à protéger l’espace terrestre, maritime et aérien du Japon.
[…]
[1] Department of Governement Efficiency (Département de l’efficacité gouvernementale) : administration créée en janvier 2025 au sein de l’administration américaine pour mettre en place des coupes budgétaires et limiter les dépenses fédérales [NdT]
[2] Taiwan Semiconductor Manufacturing Company Limited, société taiwanese qui est actuellement le leader mondial pour la fabrication des puces électroniques de dernière génération [NdT]
[3] Stratégie de sécurité nationale (NSS), Stratégie de défense nationale (NDS) et Plan d’action nationale en matière de capacités de défense (DBP)
Traduction provisoire et purement informative
